La presse ivoirienne constate la fin du tandem Gbagbo-Banny

Le Premier ministre Charles Konan Banny s’est prononcé mercredi sur l’a résolution de l’ONU sur la Côte d’Ivoire. Il a annoncé qu’il l’appliquerait dans sa totalité, en opposition avec le président Gbagbo. Pour la quasi-totalité des titres de la presse abidjanaise, toutes tendances confondues, les propos du chef du gouvernement, sans équivoque, annoncent la fin de leur tandem.

Par Moriba Magassouba Correspondant de la PANA Abidjan, Côte d’Ivoire

Après le rejet par le chef de l’Etat ivoirien de la Résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur la Côte d’Ivoire, accordant d’importants pouvoirs au Premier ministre du gouvernement de transition, la presse et l’opinion attendaient avec une certaine anxiété la réaction de l’intéressé. M. Charles Konan, qui s’est finalement exprimé mercredi, sur les ondes de la Radio télévision ivoirienne (RTI), a annoncé sa volonté d’« exécuter pleinement » la résolution onusienne.

Pour la quasi-totalité des titres de la presse abidjanaise, toutes tendances confondues, les propos du chef du gouvernement, sans équivoque, annoncent bel et bien la fin du tandem Gbagbo/Banny, qui pourrait désormais se transformer en duel au sommet. « Banny pour l’affrontement !», titre en gros caractères rouges Notre voie. Le quotidien proche du Front populaire ivoirien (FPI, socialiste, au pouvoir) n’hésite pas à qualifier le discours du Premier ministre de véritable déclaration de guerre contre le président Gbagbo.

« Un plan françafricain »

« Le tandem Gbagbo-Banny n’est dorénavant qu’un vieux souvenir. Hier (ndlr : mercredi), dans un discours lu depuis Yamoussoukro où il s’est retranché avec tout son staff, le Premier ministre a déclaré la guerre au président de la République Laurent Gbagbo », écrit notamment le journal, qui estime que si « Banny n’a pas rejoint la rébellion, il n’est pas loin de créer sa rébellion, avec comme base de celle-ci, Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire ».

Même son de cloche au Courrier d’Abidjan, quotidien dirigé par le franco-camerounais Théophile Kouamouo, l’un des bretteurs les plus enragés de la galaxie patriotique, et pourfendeur attitré de la France, son pays d’accueil, qui estime que « Banny défie Gbagbo », et « envoie balader le tandem ». Pour le journal de l’ex-pigiste du Monde, qui a démissionné avec fracas du journal de la rue des Italiens pour épouser la cause des « patriotes » ivoiriens, le Premier ministre n’est en fait qu’un preneur d’ordre auprès de la France, qui, selon lui, mijote « un projet fondamentalement françafricain, qui s’affirmera et s’enhardira si rien ne vient le contrecarrer ».

Banny n’a plus droit à l’erreur, selon Le Patriote

« Cohabitation avec Gbagbo : Banny marque son territoire », constate sobrement 24 heures. Pour le quotidien indépendant, le « discours musclé » du Premier ministre laisse transparaître sa volonté de mettre un terme à son tandem avec le président Gbagbo et de « prendre toutes ses responsabilités ». « Le tandem Banny/Gbagbo, pour sûr, ne sera pas reconduit. Sa rupture était déjà prévisible depuis début octobre dernier. Cette fois-ci, c’est officiel. En tout cas, le Premier ministre a tenu à marquer son territoire. La partie peut donc commencer », écrit notamment le journal.

Le patriote, quotidien proche du Rassemblement des républicains (RDR, opposition libérale), se dit convaincu que Banny a prononcé « le discours de la rupture » qui, selon lui, sonne comme « un requiem pour le tandem ». « Il semble avoir tiré la leçon de sa trop grande souplesse avec les empêcheurs de faire la paix. Il a attendu pendant longtemps que le chef de l’Etat accepte de pédaler dans la même direction que lui. Malheureusement, il n’a pas réussi à être l’exception à la règle selon laquelle il n’y a pas d’amitié forcée. Le Premier ministre censé être équidistant de tous les acteurs de la sortie de crise pouvait-il raisonnablement réussir un tandem avec Laurent Gbagbo, qui manœuvre en vue de sa victoire aux prochaines élections ? », s’interroge le journal, qui estime que le Premier ministre n’a plus droit à l’erreur.

« Duel au sommet, Gbagbo-Banny : un seul survivra », affiche le quotidien Nord-Sud. « Banny, que l’on disait timoré, voire intimidé par l’influence de Gbagbo, a résolument pris le parti de couper le cordon ombilical qui le liait au chef de l’Etat, et qui, à bien des égards, apparaissait aux yeux du commun des Ivoiriens comme un cordon de sujétion », soutient Nord-Sud.