La presse africaine est sinistrée

Invité aux Etats Généraux de la presse francophone qui se sont tenus à Brazzaville du 26 au 28 juin 2001, Jean-Karim Fall, Rédacteur en Chef Afrique de RFI, mesure l’écart entre les journalistes du Nord et leurs confrères du Sud. Il déplore l’absence concrète de solidarité professionnelle pour aider une presse africaine à la peine. Interview.

Les Etats Généraux de la presse francophone se sont achevés le jeudi 28 juin dans la capitale congolaise. A l’initiative de l’Union internationale des journalistes et de la Presse de langue française (UIJPLF), Brazzaville a accueilli, pendant trois jours, des confrères d’une dizaine de pays africains sur le thème  » Moyens et conditions de la liberté de la presse « . Invité pour l’occasion, Jean-Karim Fall, Rédacteur en Chef Afrique de Radio France Internationale (RFI), retire de l’expérience une vision lucide d’un journalisme africain en mal de repères.

Afrik : Quel bilan tirez-vous de ces Etats Généraux ?

Jean-Karim Fall : J’ai l’habitude de côtoyer la presse africaine, mais je venais à Brazzaville avec des yeux neufs et curieux. Une manifestation comme celle-ci est une bonne chose. Car il est rare de réunir des journalistes africains de tous horizons. Un point très positif. Un espace où l’on peut débattre de vrais problèmes rencontrés quotidiennement ici en Afrique. Le plus intéressant aura été de mesurer la profondeur du fossé entre les journalistes du Nord et ceux du Sud.

Afrik : C’est à dire ?

Jean-Karim Fall : Je me considère comme un journaliste nanti et il faut constater que nos confrères du Sud n’ont pas du tout les mêmes préoccupations. La presse africaine est largement sinistrée. Au niveau des moyens, de son indépendance, mais surtout au niveau éthique et déontologique. Je pense notamment à la corruption qui gangrène la presse et la tentation de beaucoup de nos confrères de jouer avec le venin ethnique.

Afrik : Que faudrait-il faire, alors, pour sortir la presse africaine de l’ornière ?

Jean-Karim Fall : Il n’existe pas, aujourd’hui, de réelle solidarité professionnelle entre les journalistes du Nord et ceux du Sud. Elle est uniquement dans les mots. Il faudrait arrêter les déclarations de principe et développer des actions concrètes. Journalistes et patrons de presse sont concernés. Au lieu de remiser nos équipements jugés obsolètes à la benne, nous pourrions, par exemple, les envoyer en Afrique à des confrères qui en sont totalement démunis. A nous également de leur rappeler les principes éthiques sacrés qui régissent la profession. Soit on les respecte, soit on change de métier. Le plus grand service à rendre à nos homologues du Sud est de porter un regard lucide sur leur travail et de leur dire que pour beaucoup, ils font fausse route. Cela marquera encore mieux l’estime, voire l’admiration, que méritent ceux qui, en Afrique, et malgré toutes ces difficultés, accomplissent correctement leur travail d’informer.