La Poste accusée de jouer au shérif

Depuis 2005, l’association France Terre d’Asile constate des irrégularités dans les services rendus par La Poste aux demandeurs d’asile. Après plusieurs tentatives de conciliation avec la direction du groupe, son directeur, Pierre Henry, a saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. La Poste crie à l’injustice.

« Quand on aide la confiance à se développer, elle se transmet à tous. La Poste… et la confiance grandit ». Ça, c’est La Poste vue à la télé dans les publicités. Dans la réalité, les choses sont un peu différentes, surtout si vous êtes demandeur d’asile. Pas sûr en effet que le guichetier vous autorise dans ce cas à récupérer votre courrier ou à retirer de l’argent sur votre compte. Une situation que dénonce l’association France Terre d’Asile. Après de vaines tentatives d’arrangement avec La Poste, son directeur, Pierre Henry, a saisi fin juin la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). Il n’oublie pas aujourd’hui d’alerter les médias pour que « les choses bougent », indique-t-il.

« Des erreurs humaines »

« Ce que je reproche à La Poste, c’est de jouer les auxiliaires de justice, poursuit Pierre Henry. Les titres de séjour sont établis par les préfectures. Lorsqu’un demandeur d’asile se présente au bureau de poste, ce n’est pas au guichetier de juger de la régularité de sa présence sur le territoire national. Certaines personnes dont les dossiers étaient en cours d’examen n’ont même pas pu prendre connaissance de la réponse de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), explique-t-il à Afrik. Depuis 2005, j’essaye d’arriver à une solution consensuelle. J’ai été renvoyé vers le médiateur postal, qui au passage a changé deux fois, puis vers le service juridique. Je suis déterminé à aller jusqu’au bout. »

A La Poste, on joue l’étonnement et l’indignation. Par la voix de son attachée de presse, la direction égraine ses arguments : « Nous sommes surpris par ces reproches. Qui mieux que nous accueille les plus démunis. La Poste est fière de lutter contre l’exclusion bancaire. 40 000 personnes travaillent au guichet et reçoivent chaque jour 2,5 millions de personnes. Il se peut qu’il y ait eu des erreurs humaines exceptionnelles. Nous sommes tout à fait prêt à remédier à cette situation si France Terre d’Asile veut nous apporter son aide pour identifier les disfonctionnements. »

Prendre ses responsabilités

Un discours quelque peu mis à mal par le syndicat SUD PTT. « La hiérarchie doit prendre ses responsabilités », contre-attaque, agacé, son représentant Pascal Laborde. « En 1996, la direction a fait passer une note réglementaire qui invite les employés du groupe à « la plus grande vigilance » concernant les récépissés constatant le dépôt d’une demande de statut de réfugié, car ils « peuvent avoir été délivrés sur simple déclaration du demandeur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces instructions laissent planer un doute », précise-t-il.

C’est maintenant à la Halde de se prononcer sur les suites qu’elle compte donner à cette affaire. Une instruction est en cours et une première décision devrait être rendue en septembre. En attendant, il semblerait que La Poste souhaite restaurer la confiance et propose actuellement un rendez-vous au directeur de France Terre d’Asile.