La pisciculture africaine a toujours de l’avenir

Malgré des échecs cuisants, le développement du poisson d’élevage constitue toujours une opportunité pour l’Afrique. Encore faut-il que les leçons soient tirées.

L’affaire est réglée : un trou d’eau : des alevins. C’est en tous cas ce que de nombreux chercheurs et économistes des années 70 ont cru bon d’implanter dans des communautés villageoises pour participer à l’autosuffisance alimentaire sur le continent africain.  » Encouragés par l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les paysans d’alors se sont mis à creuser des trous, à les remplir et à les empoissonner. En vain pour la plupart « , écrit le journal spécialisé français  » Spore « .

Les slogans utopiques comme :  » la pisciculture, c’est l’affaire de tous « , ou  » le poisson c’est bon  » afin de faire la promotion de l’aquaculture familiale, ont laissé place tantôt à des flaques de vases sans vie, tantôt à d’immenses fermes aquacoles, où s’ébattent des espèces destinées à l’exportation, sous le regard froid des experts.

Motifs de ces fortunes diverses : familiaux ou intensifs, les projets piscicoles ne résistent pas au départ prématuré des encadreurs chargés de veiller à la production, au manque de formation des personnes, aux modèles inadaptés, aux investissements médiocres. Et surtout à l’absence de réflexions solides sur la nourriture, la sélection des sexes selon les espèces et la présence des prédateurs. En Côte d’ivoire, au Burkina, au Congo, les flops de projets pharaoniques portent le nom d’Ebrié, Aghien, Batora ou Brazzaville.

Modèle semi-intensif

Finalement, c’est le modèle intermédiaire, semi-intensif qui convient le mieux. Il s’impose comme la première étape d’un projet aquacole ambitieux. A court terme, il permet aux agriculteurs de puiser dans ces réserves en protéines durant les périodes de disette ou de vendre les surplus dans les marchés locaux et « ethniques  » des métropoles occidentales. La formule : plusieurs étangs de barrage de quelques ares, du Tilapia associé à un prédateur et/ou du poisson-chat. Certains projets peuvent être couplés judicieusement à d’autres activités préexistantes, comme l’exploitation forestière ou minière.

Ces entreprises partenaires disposent en permanence de matériel indispensable comme des bulldozers ou des pompes. A moyen et long terme, le projet peut décoller et se muer en ferme aquatique. Ainsi, cette exploitation des rives du lac Kariba au Zimbabwe qui produit des Tilapias avoisinant le kilogramme (alors que sa taille naturelle ne dépasse pas les 20 centimètres), dont les filets surgelés sont destinés à l’exportation.

Les marchés occidentaux sont mûrs pour de tels produits. En France, patrie des gourmets, le Tilapia, poisson symbole du continent (qui est à l’Afrique ce que le saumon est à l’Alaska : une bénédiction) a déjà retenu l’intérêt de la chaîne de restauration Hippoppotamus qui le sert en filets grillés. Accompagnés d’un simple filet d’huile d’olive ou d’une belle cuillerée de sauce forte – béarnaise, Roquefort…

La FAO a souligné dans son rapport sur l’état de la pisciculture dans le monde, des succès spectaculaires à Madagascar, au Kenya et en Zambie sous la conduite de petits investisseurs privés. Pour l’heure, le premier pisciculteur d’Afrique est le Nigeria (19 612 tonnes par an), suivi de Madagascar (2 011 t/an) et de l’Afrique du Sud (1 836 t/an). Une misère par rapport aux 25 millions de tonnes produites par la Chine, mais qui laisse entendre une marge de progression colossale au vu des ressources inexploitées du continent noir. L’organisme de l’ONU fait valoir également que des modèles performants de pisciculture artisanale valorisent les terres autrement mieux que le riz irrigué ou les cultures maraîchères.