La peur du succès

Même s’il est une vedette au Cameroun, Alexandre Douala, alias Douleur, a peur d’un succès qu’il cherche à apprivoiser. Loin du monde du show-biz et du star système, l’artiste croit, humble et discret, au destin et cherche aujourd’hui à déployer ses ailes. Interview.

Son nom est sur toutes les lèvres et sa musique dans toutes les têtes, pourtant, personne ne sait vraiment qui est Douleur. De son vrai nom Alexandre Douala, l’artiste nourrit un paradoxe artistique qu’il porte comme un fardeau. Vedette malgré lui, il souffre d’un déficit d’image qu’il souhaite aujourd’hui corriger. S’il a toujours fuit le succès autant qu’il le convoite, c’est avant tout parce qu’il cherche à se construire une base solide avant de regarder le sommet. Rencontre.

Afrik : Pourquoi avoir choisi Douleur comme nom de scène ?

Douleur : Je suis simplement tombé dedans. Toutes les personnes qui sont nées à Douala et qui s’appellent Douala sont surnommés Douleur. J’ai gardé ce nom, peut être parce qu’il était facile à prononcer.

Afrik : S’agit-il d’un nom qui vous correspond bien ?

Douleur : A bien y réfléchir, tout ce qui est beau et qui respire vient de la douleur. La femme enfante dans la douleur. La douleur fait parti de notre vie. C’est vrai que j’ai parfois tendance à mettre les mauvaises choses qui m’arrivent sur le dos de mon nom, comme une fatalité. Mais ça va, je n’ai pas beaucoup à me plaindre.

Afrik : Vous êtes un artiste relativement discret, vous ne vous êtes jamais vraiment livré, pourquoi ?

Douleur : Je me livre à ma façon. Je suis un peu étranger au monde du show-bizz. Ce qui m’intéresse est avant tout ma musique.

Afrik : Pourtant cela fait parti du jeu, l’artiste est obligé de payer de sa personne pour assurer sa promotion.

Douleur : Oui, mais j’aimerais que ma musique soit la base, même si parfois je me dis que j’ai tort. J’ai envie de m’y mettre mais il faut savoir comment se lancer. Avant je rêvais les yeux fermés, maintenant je rêve les yeux ouverts. J’ai pris conscience de certaines nécessités en matière de promotion de ma musique. J’ai maintenant envie d’affronter les choses.

Afrik : Le succès vous fait-il peur ?

Douleur : Le succès est comme une tempête qui peut rapidement vous emporter. C’est pour cela que j’avais mis ma carrière entre parenthèse pendant dix ans. Après mon troisième album, en 1989, j’ai arrêté de chanter pour ne revenir qu’en 2000. Le succès avait cassé mon élan intérieur et artistique et je voulais prendre du recul pour faire le point. Il faut pouvoir contrôler le succès sinon… Je cherche à construire de solides fondations avant d’aller plus loin. Le sommet est très fragile et si je tombe j’aimerais être fort dans ma douleur.

Afrik : Vous n’êtes pas encore prêt ?

Douleur : Si, mais je ne peux pas y arriver seul. Il me faut des personnes pour me montrer ce que je ne sais pas. Quand on a du succès, on croit tout savoir et l’on croit que tout ce que l’on a, on le doit à soit même. C’est faux. Moi je suis musicien et j’ai besoin qu’on me pousse et qu’on me guide dans le monde du show-biz. Jusque là, je n’ai eu personne pour me conduire à travers ce milieu.

Afrik : Difficile à croire étant donné votre succès…

Douleur : Je n’ai, par exemple, jamais fait de tournée africaine, bien que ce soit quelque chose que j’ai bien envie de faire. L’Afrique me connaît mais je ne connais pas l’Afrique.

Afrik : Quel serait pour vous l’accomplissement ?

Douleur : J’aimerais laisser un héritage musical. Quand je serai mort, j’aimerai que mes chansons soient encore écoutées.

Afrik : Sur votre dernier album, C’est magique, vous vous êtes éloigné de votre traditionnel makossa. Est-ce pour suivre la tendance que vous avez introduit des influences ndombolo ou reggae ?

Douleur : Tout ça je l’avais déjà fait avant. Simplement personne n’a jamais vraiment écouté. Il y a des choses que j’ai faites il y a 10 ans et qu’on ne découvre que maintenant. On ne connaît pas mon répertoire mais j’ai fait des mélanges depuis longtemps. Je ne suis pas cantonné au makossa, c’est la base de mon travail. Après, on peut le nourrir de multiples influences. Si demain, je peux chanter avec Michael Jackson, je le ferai.

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