La nouvelle stratégie de la Banque mondiale critiquée

Des économistes africains, réunis au Sénégal la semaine dernière, considèrent que le nouvelle stratégie africaine de la Banque mondiale connaît des limites. Notamment la non-prise en compte de la dimension régionale dans le développement des pays africains. La Banque mondiale, elle, pointe d’autre limites comme la nécessité pour l’Afrique de mobiliser plus de ressources en dépit de la bonne croissance qu’elle enregistre ces dernières années.

La Banque mondiale dévoilait le 1er mars dernier sa nouvelle stratégie pour l’Afrique. A Dakar, la semaine dernière, des experts africains ont mis en exergue ses manquements. Cette stratégie est pourtant considérée par l’institution de Bretton Woods comme « un tournant décisif dans la manière dont (elle) perçoit l’Afrique et son propre rôle en tant que partenaire au développement ». Elle repose sur trois piliers : la diversification et la création d’emplois dans les économies africaines, la réduction et l’atténuation des impacts des chocs auxquels les pays africains sont soumis et une meilleure information « sur le type d’attentes que les citoyens africains devraient nourrir à l’endroit de leurs gouvernements ». Selon la Banque, « la nouvelle stratégie inverse l’ordre d’importance des instruments dont (elle) se sert pour soutenir l’Afrique. Désormais, il s’agira en premier lieu des partenariats, puis du partage du savoir, et enfin des financements ».

«Une série de propositions

« L’élaboration de cette nouvelle stratégie a été pour nous l’opportunité d’écouter les Africains et d’apprendre d’eux comment redéfinir notre partenariat afin de mieux soutenir les aspirations du continent dans le but de maintenir, au cours de la prochaine décennie, l’élan des réformes économiques en cours », a déclaré en mars Mme Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Afrique. Pour l’économiste Diéry Seck, ancien cadre à la Banque mondiale et directeur du Centre de recherches en économie politique de Dakar (Crepol), « le secteur privé n’est pas assez financé dans cette stratégie », rapporte le quotidien sénégalais Walf Fadjri. Le responsable du Crepol s’exprimait le 30 juin dernier lors d’une rencontre organisée par l’association Leadership Afrique. En outre, « la dimension sous-régionale dans la politique économique n’est pas suffisamment prise en compte alors que les pays africains vont de plus en plus dans cette direction ». Le responsable du Crepol note par ailleurs que « les politiques qui sont menées ne relèvent pas véritablement d’une théorie de développement économique, mais semblent être simplement une série de propositions plus ou moins liées ».

Ibrahima Dia, directeur-général du Millenium challenge account Sénégal (Mca), estime, lui, que « la meilleure approche aurait été de nous (les pays africains) inscrire dans une perspective comparative avec la Chine et l’Inde puisque le rapport montre très clairement que l’Afrique est en train de décoller comme ces deux nations-là. » D’autant que la Banque mondiale admet que le continent est en passe de devenir une puissance émergente comme la Chine, il y a 30 ans, et l’Inde, vingt ans plus tôt.

La Banque mondiale est également consciente des limites de sa nouvelle stratégie. Obiageli Ezekwesili a ainsi invité les pays africains à mobiliser davantage de ressources. Elle a également souligné que, même si les pays africains avaient continué d’enregistrer de bons taux de croissance pendant la crise, il n’en demeurait pas moins qu’ils n’étaient pas suffisants pour relever les importants défis en matière de développement. La stratégie de la Banque mondiale suppose que la croissance de l’Afrique sera comparable aux 5% en moyenne qu’elle a connue ces dix dernières années, et avant la crise de 2008.