La Mauritanie au bord de la crise alimentaire

La Mauritanie est l’épicentre de la crise alimentaire qui menace cinq pays du Sahel occidental. Le sud du pays, affecté par la sécheresse et les pluies torrentielles qui ont tué l’année dernière des milliers de têtes de bétail, manque de céréales. Le Programme alimentaire mondial fait appel aux donateurs pour aider 420 000 Mauritaniens.

Cinq pays du Sahel occidental sont menacés de crise alimentaire. Le Sénégal, le Mali, la Gambie, le Cap-Vert et la Mauritanie. Le Programme alimentaire mondial (Pam) a lancé un appel, mardi, aux donateurs. Il a besoin de 28 millions de dollars pour acheter et acheminer d’urgence des rations alimentaires.  » L’épicentre du problème, c’est vraiment la Mauritanie « , explique Ramin Rafirasme, porte-parole du Pam pour l’Afrique de l’Ouest.  » Au Sénégal, on ne peut parler que de  » poches  » qui se situent le long de la frontière mauritanienne et au Cap-Vert, environ 40 000 personnes ont besoin d’une assistance alimentaire.  »

En Mauritanie, la crise alimentaire touche l’ensemble du territoire. 1,2 million de ses 2,7 millions d’âmes sont concentrées au Sud. La zone géographique de l’Aftout, considérée comme la plus vulnérable du pays, est la zone prioritaire d’intervention du Pam. Ensuite, viennent le Hodh El Chargui et le Hodh El Gharbi qui sont les régions les plus à l’Est, à la frontière avec le Mali où la population, très peu aidée, souffre du manque de pâturages pour les animaux.

Intervenir maintenant

 » Depuis plusieurs années, la situation de l’autosuffisance alimentaire en Mauritanie se dégrade « , explique Philippe Guyon Le Bouffy, du bureau du Pam à Nouakchott.  » Pour nourrir 2,7 millions de personnes, il faut 450 000 tonnes de céréales par an. Or, en situation normale, la Mauritanie n’en produit que 150 000 tonnes, le reste étant couvert en majorité par des importations commerciales et un peu par l’aide alimentaire. Les mauvaises conditions météo de ces dernières années ont fait décliner la production. En 2002, la Mauritanie n’a produit que 67 000 tonnes de céréales…  »

Se pose aussi le problème de la disponibilité et de l’accessibilité des denrées pour la population qui a perdu peu à peu son pouvoir d’achat.  » C’est pour cela qu’il faut intervenir maintenant « , plaide Philippe Guyon Le Bouffy. Le gouvernement mauritanien, qui avait déjà lancé un appel aux bailleurs de fonds en septembre 2002, vient d’annoncer officiellement qu’il lui manquait 160 000 tonnes de céréales pour nourrir sa population. Il s’est engagé à en prendre en charge la moitié, dégageant 6 milliards de F cfa dans le cadre d’un plan d’urgence.

43 000 tonnes de céréales

Cet argent doit servir à vendre 80 000 tonnes de céréales à des prix subventionnés, à en distribuer gratuitement 80 000 autres et à acheter et distribuer des vaccins et des médicaments. La moitié du budget sera allouée à l’alimentation animale,  » cruciale « , précise Philippe Guyon Le Bouffy.  » Les animaux représentent un capital sur pied. Lorsque les gens reçoivent un sac de céréales, ils en gardent la moitié pour leurs bêtes, avant de penser à eux.  »

Le Pam a mis sur pied un projet qui prévoit la distribution, au cours des 12 prochains mois, de 55 000 tonnes de céréales pour l’ensemble des cinq pays de la région. Sur ce chiffre, 43 000 tonnes seront réservées à la Mauritanie. Pour le moment, l’organisation cherche les ressources qui lui permettront d’aider 420 000 Mauritaniens pendant 6 à 9 mois. Espérant que les bailleurs de fonds se tournent vers ce pays qui ne semble pas beaucoup les intéresser.  » La Mauritanie est à part. Elle fait rarement parler d’elle politiquement, elle ne fait pas partie des grandes organisations panafricaines, possède sa propre monnaie, se rapproche plus d’un Etat arabe. Une orientation stratégico-politique qui l’a sortie de l’espace francophone de l’Afrique de l’Ouest. L’accent commence tout juste à être mis sur le pays mais c’est encore peu de chose « , analyse Philippe Guyon Le Bouffy. La Mauritanie se rappelle à la communauté internationale d’une bien triste manière.