La marche des immigrants

Le détroit de Gibraltar n’est pas loin de Séville où les chefs d’Etat européens s’étaient réunis pour y discuter de l’immigration. Au même moment, de nombreux candidats à l’exil tentaient de gagner l’Europe au péril de leur vie. Côté nord l’opulence, côté sud la misère. L’Europe, submergée par la vague bleue, veut établir des frontières infranchissables. Une forteresse, même si ses dirigeants s’en défendent. Les pays africains savent qu’ils n’ont pas les moyens de retenir leurs enfants, attirés par un monde meilleur. La Méditerranée, barrage naturel, sépare les deux mondes. Et tant que les vitrines du Nord seront pleines et celles du Sud crieront famine, l’afflux ne s’arrêtera pas.

A chaque fois que l’Europe doute de son identité, se trouve dans une période de transition, elle se rabat sur l’immigration. Ces étrangers qui permettent de détourner l’attention des peuples. Bousculée par son extrême, l’Europe bleue improvise dans la précipitation un sommet sur l’immigration. Encore une fois, les pays du Sud ne sont pas conviés pour défendre leurs positions. Dire qu’une politique économique internationale plus juste est le meilleur rempart contre un afflux massif des Africains. Car, il ne faut pas être naïf, aucun pays nord-africain, notamment le Maroc, ne se transformera en gardien zélé de l’Europe, en policier des frontières.

Si l’Occident, Etats-Unis compris, veut limiter le nombre de ressortissants étrangers sur ses terres – et c’est son droit le plus absolu – il faut qu’il offre aux habitants du Sud les moyens d’espérer, la volonté de rester chez eux. L’une des solutions est l’annulation de la dette. Les pays africains se ruinent pour payer les services des dettes contractées, leurs plans de développement se heurtent inévitablement à un manque chronique de moyens financiers. Aussi la tranquillité de l’un passe par la survie de l’autre. Sinon, celui qui a faim trouvera toujours une solution pour s’inviter à la table des repus.