La Maison de l’enfance à Bouaké


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La Maison de l’enfance de Bouaké, en Côte d’Ivoire, accueille, dans 4 centres, plus de 600 enfants délaissés par leur famille. Le Père Henri de Penfentenyo, présent depuis 14 ans, nous fait découvrir le travail de cette maison de l’espoir.

Voilà 14 ans que le Père Henri de Penfentenyo a débarqué à Bouaké, ville du centre de la Côte d’Ivoire. Sa haute silhouette marque depuis cette date la Maison de l’enfance, qui recueille les enfants délaissés par leur famille. Il ne s’agit ni d’orphelins ni d’enfants des rues mais de mineurs (dont les plus jeunes ont 8-9 ans) qui sont en rupture provisoire avec leurs proches pour différentes raisons. La Maison de l’enfance les accueille le jour uniquement, afin qu’ils puissent passer la nuit dans leur famille.

Afrik : Depuis quand existe la Maison de l’enfance ?

Père Henri de Penfentenyo :
Depuis 30 ans. Son but est de venir en aide aux enfants victimes, délaissés par leur famille, et de pallier les carences éducatives de ces familles. Il y a plusieurs façons d’entrer en contact avec ces enfants : nous allons les chercher après signalement, nous les découvrons dans la rue, ou des personnes nous les amènent. Aujourd’hui, la Maison de l’enfance compte deux centres pour filles et deux centres pour garçons qui accueillent quelque 650 enfants.

Afrik : Qu’appelez-vous enfants « délaissés » ?

Père Henri de Penfentenyo :
Ce sont des enfants quasiment abandonnés par leur famille, souvent à cause de la pauvreté. Lorsqu’un enfant a été scolarisé et qu’il échoue, il arrive aussi que la famille s’en désintéresse et ne veuille plus s’occuper de lui.

Afrik : Quelle est votre action concrète ?

Père Henri de Penfentenyo :
Nous accueillons l’enfant pendant la journée et faisons un énorme travail de médiation auprès des familles. Notre objectif est de renouer le lien familial et de responsabiliser les parents. Nous tentons de rétablir chez l’enfant un équilibre psychologique car un enfant délaissé n’a plus confiance en lui. Il a besoin de guides, de modèles qui pourront l’empêcher d’aller dans la rue, de succomber à la drogue ou à la prostitution. Nos activités sont des palliatifs en matière d’instruction, d’aphalbétisation et de remise à niveau scolaire. Nous organisons aussi des activités artistiques et offrons surtout beaucoup d’écoute. Une fois que nous avons rééquilibré l’enfant, nous aidons à son orientation. Notre but est de le garder le moins longtemps au centre et de ne pas se substituer à la famille. Nous sommes dans des configurations où les proches peuvent reprendre l’enfant sous leur protection.

Afrik : Et ça marche ?

Père Henri de Penfentenyo :
Oui, heureusement ! Lorsque toutes les conditions de la confiance sont réunies, c’est formidable. Nous avons eu les cas d’enfants qui, ayant quitté l’école pendant plus d’un an, ont aujourd’hui d’excellentes notes en classe ! L’orientation se fait à deux niveaux : au niveau scolaire et au niveau apprentissage. Pour les scolaires, nous réintégrons les enfants dans des classes et, ensuite, aidons les parents à faire des plans d’épargne. Car après notre prise en charge, c’est à eux, pour la rentrée suivante, d’assurer les frais de fournitures et d’inscription. Pour l’apprentissage, nous cherchons un atelier correspondant aux capacités de l’enfant et nous le plaçons pour un contrat d’un an, au terme duquel nous espèront qu’il pourra y rester. Nous assurons pendant cette période un suivi psycho-social.

Afrik : La Maison de l’enfannce vient d’ouvrir un centre de formation des petits métiers…

Père Henri de Penfentenyo :
Oui car il faut savoir anticiper sur les besoins des enfants. Nous les formons à l’informel, à des choses très basiques comme ouvrir une petite gargote sur le bord de la route pour les filles enceintes ou les filles-mères qui sont rejetées par leurs proches. Les mineurs ont 2 mois, 2 mois et demi pour apprendre un petit métier. On leur apprend à lire, à écrire, on donne aux filles des bases de puériculture et de gestion domestique. C’est un programme très chargé ! Nous avons en ce moment un premier groupe de 20 dont la moyenne d’âge est de 15 ans. Nous avons aussi un autre projet, toujours dans le souci de mieux répondre aux attentes des enfants : la création d’une pouponnière. Nous sommes en train d’y réfléchir…

Afrik : Combien de personne travaillent avec vous ?

Père Henri de Penfentenyo :
Nous sommes 70. Nous avons des cuisinières, du personnel médical, un médecin, un psychiatre, un psychologue, un infirmier, du personnel éducatif et des agents sociaux très compétents. Ce sont des gens qui n’étaient pas qualifiés au départ et que nous avons formés au travail d’assistant social et d’éducateur spécialisé. Ce sont eux qui sont chargés de retrouver les familles des enfants que nous accueillons, ce qui n’est pas si simple. Parfois l’enfant est confié à un parent éloigné, un tuteur… Mais ce sont des locaux qui connaissent la réalité du terrain et ils sont très performants. Un jour, en sortant du centre à 22h, j’ai recueilli un enfant de 2 ans abandonné par sa mère, prostituée, fille et sœur de prostituées… En 48h, notre personnel avait retrouvé la trace d’un oncle de l’enfant !

Afrik : Comment vivent vos centres ?

Père Henri de Penfentenyo :
Nous avons un partenariat avec la Fondation Raoul Follereau, l’Unicef nous soutient matériellement, le Programme alimentaire mondial nous donne de la nourriture et Médecins sans Frontières assure toute la prise en charge gynécologique de nos mineures.

Afrik : La situation actuelle en Côte d’Ivoire pèse-t-elle sur vos activités ?

Père Henri de Penfentenyo :
La guerre a amplifié le phénomène des enfants délaissés et nous a obligés à reformuler le concept de protection. Notre formation est plus dynamique et nous souhaitons plus que jamais remettre l’enfant dans son milieu naturel, au sein de sa famille et de la société. Une fois que cela est effectué, nous souhaitons rester le centre de référence et de suivi.

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