La lutte sénégalaise sans clichés

lutte1.jpg

La lutte ou Lamb fait partie intégrante de la culture sénégalaise. Elle suscite un véritable engouement au pays de la Téranga. Le photographe Français Laurent Gudin rend hommage à cette discipline dans un ouvrage intitulé Lutteurs sénégalais. L’objectif, à travers la photographie : faire découvrir un univers pour beaucoup méconnu.

Il a passé quatre ans de sa vie dans les arènes. Laurent Gudin n’y était pas pour combattre mais pour photographier les lutteurs sénégalais, auxquels il a consacré son ouvrage. Rien ne prédestinait ce photographe français de 48 ans, marié à une Sénégalaise depuis 15 ans, à réaliser ce projet. Dans cet opus qu’il considère comme son « bébé », il nous transporte dans un univers où traditions et modernité se mêlent. Tout est parti d’une rencontre avec le boxeur français d’origine sénégalaise Souleymane Mbaye, qui l’a présenté au lutteur Yahiya Diop, plus connu sous le nom de Yekini, le roi des arènes, invaincu depuis des années. Il se lie d’amitié avec ce dernier. Une rencontre qui le mène au cœur des arènes et lui permet de suivre quotidiennement les entrainements des lutteurs. Toute la dernière partie du livre est d’ailleurs consacrée à Yekini.

D’autres lutteurs ont eu aussi l’occasion de croiser son chemin et d’être pris en photo. Notamment ceux de la nouvelle génération, tels que Lac de Guier, Balla Gueye 2, Yekini Junior, Modou Lô, Elton, tous promis à une belle carrière. « C’est la lutte qui est venue à moi, c’est le hasard. Je travaille sur ce projet qui me passionne depuis 2007», explique Laurent Gudin.

C’est « la particularité » de cette forme de combat à mains nues au cours duquel deux personnes se confrontent en corps à corps pour faire tomber au sol l’adversaire, qui attire l’auteur. « C’est l’intérêt de la mort subite qui m’intéresse. On n’a pas le droit à l’erreur dans ce sport. On te met un croche- pied, tu tombes et tu perds le combat qui ne dure parfois que quelques secondes. Alors qu’en boxe ou au football, tant que le match n’est pas fini tu as toujours une chance de gagner ».


La lutte sénégalaise ne peut pas être dissociée du mysticisme qui y joue un rôle essentiel. Les marabouts en effet regorgent d’ingéniosité pour hisser les lutteurs sur la plus haute marche du podium. Laurent Gudin le montre bien à travers les photos. « Les lutteurs accordent beaucoup d’importance aux conseils que leur prodiguent leurs marabouts avant leurs combat. J’aime beaucoup cet aspect de la lutte. Il y a tout une mise en scène mystique qui permet aussi d’impressionner l’adversaire. Ça fait partie du spectacle », souligne t-il.

Mais ce qu’il aime avant tout chez les lutteurs, c’est leur authenticité. « Ce sont des gens simples. Ils ne friment pas comme certains footballeurs, ils ont une vie saine, et sont très accueillants. Derrière leurs grands gabaris, ce sont des personnes au cœur d’or ».

Un sport qui attire les foules

La lutte a devancé le football qui était auparavant le sport le plus populaire du pays. Elle suscite beaucoup d’espoir chez les jeunes qui y voient un moyen d’assurer leur promotion sociale. En effet, ces dernières années les cachets ont augmenté pour les lutteurs renommés, pouvant s’élever jusqu’à 80 millions de francs CFA pour un combat. Le fameux stade Demba Diop de Dakar où se confrontent les plus grands de la discipline est toujours plein à craquer. L’ambiance y est le plus souvent euphorique. « J’adore aller au stade vivre l’excitation qu’il peut y avoir autour de ce sport », confie le photographe.

Au pays de la Téranga, la lutte n’existe pas que dans l’arène. « Elle est partout, dans tous les domaines de la vie. Vous ne pouvez pas avoir une conversation sans que les gens en parlent. Même les médias ont compris l’intérêt du peuple pour ce sport », constate l’auteur du livre.

Laurent Gudin ne compte pas s’arrêter à ce premier ouvrage. Il a d’ors et déjà en tête d’en produire un autre sur la fin de carrière de Yekini et prévu d’aborder l’aspect mystique de la discipline. L’aventure ne fait que commencer pour cet amoureux du Sénégal, pour qui « la lutte est l’essence du pays ».