La Libye reste le meilleur espoir des otages de Jolo

Jouant sur leur proximité avec les ravisseurs, les émissaires libyens continuent de s’imposer aux autorités philippines et à la communauté internationale.

La Libye du colonel Kadhafi a trouvé un moyen très opportun de se rappeler positivement à la communauté internationale, en endossant la responsabilité de la libération des otages détenus sur l’île de Jolo, aux Philippines par le groupe séparatiste musulman Abu Sayyaf. En dépit du dernier échec des tractations visant à libérer les captifs, les émissaires libyens ont montré, depuis samedi, qu’ils restaient incontournables dans le processus de résolution pacifique de la crise.

Cela n’a pas été sans grincements de dents de la part du gouvernement philippin. L’animosité entre Roberto Aventajado, le chef des négociateurs philippins et Rajab Azzarouk, l’émissaire libyen, s’est faite jour ce week-end jusqu’auprès de la presse du monde entier. Mais après avoir menacé d’interrompre leur médiation, les Libyens de la  » Fondation Kadhafi  » ont repris leurs bons offices, guidés  » par des considérations humanitaires  » selon leurs propres termes.

Première victoire

Ancien ambassadeur de son pays à Manille, le Dr Azzarouk est à la tête d’une imposante délégation, comprenant notamment un avion gros-porteur et une équipe médicale. La présence des Libyens à Jolo s’appuie sur les liens anciens existant entre la Jamahiriya et le groupe Abu Sayyaf – ce que le Dr Azzarouk n’a nullement cherché à cacher, se prévalant de  » l’estime des habitants  » auxquels la Libye  » fournit des aides, notamment à la construction d’écoles, de dispensaires et de mosquées « .

Pour les terroristes philippins preneurs d’otages, les émissaires de Tripoli représentent une meilleure garantie de leur propre sécurité dans la période qui suivra les libérations. Il est possible que le groupe Abu Sayyaf espère également, en faisant traîner la fin de la prise d’otages, recueillir des rançons plus élevées.

Le régime de Tripoli, en tous cas, n’a pas hésité à exploiter la situation d’urgence dans laquelle se trouvaient les Etats dont sont originaires les otages. Il est sans doute trop tôt pour dire quel bénéfice concret le colonel Kadhafi pourra en tirer par la suite. Après un très long isolement en-dehors du continent africain, on peut gager que la présence annoncée de ministres occidentaux à Tripoli est, en soi, une première victoire diplomatique.