La lettre du CRACVT à la presse

Communiqué de presse de la Confédération Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Vie et de Travail du Personnel de la Compagnie Aérienne Air Afrique (CRACVT – PCA). Il a été adressé à l’Agence Française de la Presse (AFP), Al Jazeera, BBC, Reuters.

Accra le, 10 septembre 2010

Messieurs, c’est le cœur meurtri que nous formulons cet ultime recours.

Une fois encore, les ex-agents d’Air Afrique déplorent deux morts dans leurs rangs, sur le sol ivoirien et dans des conditions inhumaines. Pendant 8 ans, ils ont réclamé, en vain, le paiement de leurs droits et leur rapatriement avec leur famille dans le pays d’origine, tels que prévus par le Traité de Yaoundé et leur contrat de travail.

Il s’agit de : René HOURMI, un ex-steward de nationalité centrafricaine, qui a totalisé 26 années au service de la Multinationale, et de Alifata KONATE, un ex-agent administratif de nationalité burkinabé, qui lui a passé plus de 30 ans, à Air Afrique.

Prolongeant une liste de plus de 300 ex-agents, ces camarades meurent sans avoir perçu leurs droits, laissant derrière eux, des veuves, étrangères et désœuvrées, avec des orphelins : des enfants qui, pour la plupart, ont dû abandonner leurs études, par manque de moyens.

Depuis 2002, le CRACVT-PCA dénonce des dérives mesquines, racistes et xénophobes : l’Etat français, par l’Agence Française de Développement (AFD) et Air France, avait demandé expressément aux Chefs d’Etat africains de ne pas payer les droits des travailleurs en Afrique ; ensuite, le Président de la République de Côte d’Ivoire, Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement d’Air Afrique, va ordonner aux organes de la liquidation judiciaire de ne pas payer les droits des ex-agents étrangers.

C’est aussi sous ce prétexte fallacieux que le tristement célèbre syndic-liquidateur d’Air Afrique, M. Anon SEKA, va abandonner le corps de feu René HOURMI à la morgue de l’hôpital de Port-Bouet, à Abidjan, laissant aussi sa famille démunie, dans le désarroi.

Mais, s’il est vrai que les ex-agents d’Air Afrique et leurs ex domestiques ne sont peut-être plus capables de mener une protestation d’envergure, il demeure une réalité que leur progéniture pense autrement. En effet, leurs enfants qui avaient dû abandonner l’école, et livrés à la rue, dès l’âge de 14 ou 17 ans. Ils ont donc grandi sans éducation et sans modèle.

Ils ont aujourd’hui entre 22 et 25 ans, et pensent que leur vie aurait été toute autre, n’eussent été les choix des actionnaires de la compagnie, ou les violations faites à leurs parents. Ces enfants, à leurs âges, déjà, connaissent les affres de la vie. Certains d’entre eux sont atteints de maladies incurables transmissibles, d’aucuns sont actuellement sous les verrous, et d’autres même seraient aux portes de certaines obédiences extrémistes.

Ces écorchés vifs ne songeraient qu’à se faire justice par tous les moyens, même au prix de victimes innocentes.

Mais, le CRACVT-PCA, même s’il peut comprendre leur déception, n’accepte pas cette radicalisation, et la condamne avec la dernière vigueur.

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 Air Afrique : adieu la compagnie

Par contre, il ne comprend pas l’attitude des premiers responsables de la Multinationale, qu’il tiendrait pour seuls responsables de toute situation déplorable qui pourrait survenir.

C’est pourquoi, le CRACVT-PCA tient à rappeler, ici, que tous les Chefs d’Etat et les Présidents des parlements des pays rappelés, ci-dessus, ont été déjà interpelés en vain, de même que les actionnaires privés de la société : Air France, DHL, BOAD, ACCOR. Aussi, la communauté internationale a-t-elle été dûment saisie, en vain, en la personne du Président de la Commission de l’UEMOA, en la personne du Président la Commission de l’Union Européenne, et notamment, en la personne du Secrétaire Général de l’ONU.

En 2002 déjà, le CRACVT-PCA avait averti, en vain, contre le déferlement des sans-papiers, conséquence d’une liquidation inique d’Air Afrique. Aujourd’hui, encore, il demande de tout mettre en œuvre pour que l’on n’ouvre surtout pas la « boîte de pandore ».

Par conséquent, le CRACVT-PCA fondamentalement légaliste, lance cet ultime appel en direction de la France, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et de tous les autres Etats membres d’Air Afrique, car, il ne souhaite être nullement confondu dans cette posture.

Que Dieu nous garde tous !

Le Président
Denis Attiba Mensah