La lèpre face aux avancées scientifiques

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Les chercheurs connaissent de mieux en mieux la lèpre. Ils ont notamment trouvé un traitement qui développe très peu de résistances, étudient des dépistages rapides de la maladie et ont découvert que certaines personnes « guérissent spontanément ». Des armes et des pistes pour faire reculer la maladie.

Dimanche 29 janvier Journée Mondiale des Lépreux

La lèpre n’a pas livré tous ses secrets. La recherche scientifique tente de percer les mystères d’une maladie souvent considérée comme moyenâgeuse en Occident, mais qui touche chaque année 500 000 nouvelles personnes dans le monde. Le chiffre reste stable, d’une année à l’autre. Surtout parce que c’est généralement au bout de deux ans que les malades sont dépistés et que, pour les contagieux, ils ont alors le temps de contaminer d’autres personnes. Qui ne développeront les signes de la maladie que des années, voire des décennies plus tard. Un véritable cercle vicieux.

Pasteur développe des tests de dépistage rapide

Pour rompre la chaîne de transmission de la maladie, il faut dépister rapidement et traiter les malades. « Si on ne fait pas baisser l’incidence, on aura encore des cas de lèpre dans 1 000 ou 2 000 ans. L’Institut Pasteur se concentre avec acharnement sur un nouveau test de dépistage en s’appuyant sur le génome de la lèpre. Nous nous sommes inspirés d’un test contre la tuberculose avec une forme de dépistage rapide. Ces deux dernières années, nous avons fait une étude de terrain au Mali et au Bangladesh, avec bien sûr l’accord des autorités locales. Les résultats sont prometteurs. D’ici trois ou quatre ans, je pense que nous aurons un test fiable à proposer aux médecins pour améliorer le dépistage », explique le Professeur Stewart Cole, directeur de l’Unité de génétique moléculaire bactérienne à l’Institut Pasteur.

r.jpgPour ce qui est du traitement, le géant pharmaceutique Novartis met gratuitement à disposition des partenaires qui luttent contre la lèpre la polychimiothérapie qui permet l’élimination du bacille. Un cocktail à base de dapsone, de rifampicine et de clofazimine jugé fiable et efficace. Le traitement de la lèpre est donc gratuit. Et, atout non négligeable, il n’entraîne des résistances que dans de rares cas. C’est d’ailleurs pour éviter cet inconvénient que le traitement a été repensé. En 1941, la dapsone, seule, a été retenue pour soigner les lépreux. Le problème, c’est qu’il fallait prendre cette molécule à vie et qu’en 1964 les spécialistes se sont aperçus que le bacille développait des résistances.

La loi de l’argent…

C’est ainsi que le traitement a changé pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. « C’est l’un des grands succès dans la lutte contre la lèpre, assure le Professeur Stewart Cole. Les cas de résistances sont extrêmement limités. Si l’on soupçonne un cas de rechute, on peut maintenant savoir en 24 heures avec des tests moléculaires ce à quoi le bacille est sensible. » Le vrai handicap de cette combinaison d’antibiotiques est ailleurs. « La principale faiblesse de ce traitement, c’est sa durée. Six mois en cas de lèpre paucibacillaire et 12 mois en cas de lèpre multibacillaire », poursuit le directeur de l’Unité de génétique moléculaire bactérienne.

Pourquoi ne pas envisager un vaccin ? « S’il y avait un vaccin, cela pourrait avoir un impact très important au niveau mondial. Mais il faut compter avec le paramètre scientifique et le paramètre économique. Pour ce qui est de l’aspect scientifique, pour avoir un vaccin, il faut le préparer et le tester, ce qui implique de le tester sur des hommes. Pour montrer que le vaccin est efficace, il faut 10 ans. C’est donc très dur de convaincre les gens. Il est très peu probable que nous nous engagions dans cette voie, d’autant plus que le traitement actuel fonctionne bien. En ce qui concerne le côté économique, nous faisons des recherches en amont et lorsque nous trouvons quelque chose qui a une forte valeur d’application, nous l’envoyons au laboratoire. Le problème, c’est que les laboratoires ne s’y intéressent pas car ce n’est pas rentable. Les grandes sociétés pharmaceutiques ne sont motivées que par les bénéfices. Or, pour cela, il faudrait que le vaccin soit diffusé à grande échelle, ce qui n’est pas le cas puisque certaines zones seulement sont concernées. Il faudrait que les fabricants soient généreux, comme Novartis, ou que les pays du G8 (les huit pays les plus riches du monde, ndlr) donnent des subventions pour que cela arrive. Malgré toute l’importance de développer un vaccin, il y a peu de chances que cela arrive en ce qui concerne la lèpre », commente Stewart Cole.

Certains « guérissent spontanément »

Les riches contre les pauvres, donc, mais aussi les hommes contre leurs gènes. Stewart Cole explique qu’il y a « des personnes qui sont plus sensibles que d’autres » et que certains « guérissent spontanément ». Un peu comme si elles étaient immunisées ou développaient une réponse immunitaire adaptée au bacille. En somme, certains ont des dispositions à contracter la lèpre. Dans cette « discrimination », l’état général de la personne et le contexte socio-économique dans lequel elle évolue jouent un rôle de premier plan. Tout comme les facteurs génétiques. « Ce qui ne facilite pas les choses pour créer un vaccin efficace, puisque certains ne développeront pas la maladie naturellement et que d’autres réagiront. Comment dans ce contexte déterminer si le vacciné a été immunisé par le vaccin ou si ce sont ses défenses naturelles qui l’ont protégé ? » souligne le docteur Augustin Guédénon, dermatologue et léprologue, conseiller médical de la Fondation Raoul Follereau et président de l’Association des léprologues de langue française.

Concernant la naissance de la lèpre, le séquençage du génome de la lèpre, réalisé en 2000 par l’équipe du Professeur Stewart Cole, donne quelques informations intéressantes. Le directeur de l’Unité de génétique moléculaire bactérienne raconte avec enthousiasme : « C’est passionnant ! En étudiant la répartition des souches, on peut voir d’où est venue la lèpre. Elle pourrait être originaire d’Asie, comme on le voit souvent dans les livres, mais elle a évolué en Afrique de l’Est et, après, a bougé sur d’autres continents, notamment par la colonisation. Le séquençage du génome permet de reconstruire les migrations des populations humaines ».