La lente résurrection de la guerre d’Algérie dans les médias français

L’INA vient d’organiser un débat autour de la mémoire télévisuelle de la guerre d’Algérie. Il est apparu une extrême lenteur de la télévision à parler de cette guerre. Le public algérien n’a pas manqué de signaler le manque d’Algériens à l’image. Soirée cependant dominée par la volonté de poursuivre le travail d’histoire engagée par la France depuis quelques mois.

Dans le cadre du débat organisé par l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le 11 décembre à Paris, l’attitude de la télévision française face à la guerre d’Algérie est passée au peigne fin. Le public très nombreux a pu largement participer aux discussions. Lors de cette soirée, plus d’une dizaine d’extraits d’archives ont été projetés. Béatrice Fleury-Vilatte, auteur de la mémoire télévisuelle de la guerre d’Algérie (1962-1992) et Pierre Abramovici, réalisateur qui depuis 10 ans, traque les images d’archives sur le sujet les ont pour la plus grande partie commentés.

 » On sait à peu près tous ce qui s’est passé, a déclaré Pierre Abromivici. Mais ce dont on se souvient moins bien, c’est la manière dont les médias en ont fait par la suite le récit  » a-t-il ajouté. La censure et de la manipulation de l’image ont été aussi de nombreuses fois abordées. Et tout le monde s’est accordé sur le fait qu’il ne faudrait pas faire comme si, après les derniers témoignages sur la torture, une grande conscience pouvait éclater aujourd’hui.

L’après-guerre : la loi du silence est de rigueur

Effet anniversaire oblige. Les émissions relatant la guerre d’Algérie sont peu nombreuses en dehors des dates anniversaires comme celle rappelant la fin de la guerre. De 1962 à 1969, la loi du silence semble dominer très largement les récits télévisuels. Et la télévision s’alignait sur la conduite des autorités françaises d’alors. Béatrice Fleury-Vilatte identifie ainsi cette période et insiste sur  » l’extraordinaire discrétion à l’égard de certaines communautés au lendemain de la guerre.  »

Léger changement au début des années 70. L’événement est pris en charge par ceux qu’elle appelle, les acteurs témoins, connus et français pour la plupart : le journaliste Jean Daniel, le général de Gaulle, Albert Camus, ou encore Jules Roy. Ils offrent leur témoignage mais contribuent aussi à une  » certaine institutionnalisation de l’événement « , précise t-elle.

Début des années 80 : amorce d’une rupture, l’arrivée de Mitterrand au pouvoir

 » De1981 et 1983, on s’aperçoit que la volonté est de débusquer les éléments gênants et de tourner la page sur les représentations du passé « , constate toujours Béatrice Fleury Vilatte.  » Neuf fois, le thème de la torture est abordé dans les émissions consacrées à la guerre d’Algérie  » insiste-t-elle. Pour l’historien Pierre Vidal-Naquet, également intervenant dans cette avec son confrère Marc Ferro, l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en France a beaucoup joué dans ce changement.  » Il y avait un sentiment de plus de liberté qui sans doute, a permis d’aborder autrement l’événement « , explique-t-il.

Beaucoup d’archives et de témoignages, peu d’Algériens à l’image

A la fin du débat, le public algérien est de nombreuses fois intervenu pour noter l’absence de représentation de la communauté algérienne dans les images d’archives. Un manque souligné par le professeur Mohammed Larbi. Seul le visage de Saïd Ferdi a en effet été montré. Saïd Ferdi, auteur d’Un enfant de la guerre, harki, enrôlé de force dans l’armée française. D’autres anonymes sont revenus sur cette question. Sans aucun débordement le débat s’est poursuivi revenant sur les différents thèmes abordés. Un homme a fini par se lever pour remercier l’INA et les organisateurs de cette soirée qu’un tel débat puisse aujourd’hui avoir lieu. L’ensemble du public semblait partager l’opinion de cet anonyme quinquagénaire.

Toute l’équipe d’afrik souhaite de joyeuses fêtes à tous les internautes d’Afrique et d’ailleurs !

Yasmine Ben Hamida