la leçon de résistance

Obsession débilitante du pouvoir, vision politique réductrice, arrogance d’un régime dictatorial…Que n’a t-on dit du général Robert Guéï, ce militaire dont l’arrivée au pouvoir en décembre dernier fut un pur scandale ? Il a promis de laisser le fauteuil présidentiel aux civils au moment opportun, il ne l’a pas fait. Dessein caché pour ce vieux « renard » qui a su user de la fourberie politique. L' »incarnation du balai » a été malgré tout emporté le 25 octobre dernier par les bourrasques de la rue. Et c’est le contraire qui aurait surpris.

En vérité, Robert Guéï n’est pas de la trempe des hommes d’Etat aptes à diriger la Côte d’Ivoire. Ses louvoiements quant aux décisions majeures sur l’intérêt du pays en attestent. Mais, dans une aveuglante obstination, M. Guéï a voulu forcer le destin, et de la pire manière. Il ordonne au ministre de l’intérieur de dissoudre la commission électorale et se proclame président de la République  » démocratiquement élu ». En fin de course, le régime s’est livré à une grotesque gesticulation dont on mesure aujourd’hui les conséquences macabres. Des dizaines de morts enregistrés lors des manifs monstres dans les rues d’Abidjan…

Au-delà du forcing exercé par les militaires ivoiriens, il est à noter, chez les hommes politiques africains, une sorte de présomption de crétinisme vis à vis de leurs peuples. Les temps ont changé, les populations africaines sont politiquement matures. Difficile de leur imposer un pouvoir honni. Même en l’absence de l’exemple yougoslave, le peuple ivoirien serait descendu dans la rue pour chasser Robert Gueï et sa bande. Même si la Côte d’Ivoire patauge encore dans une certaine incertitude, il demeure évident que l’objectif du changement est atteint. Avec des civils aux commandes. A Laurent Gbagbo d’user de son génie politique pour éviter à son pays le dérapage ultranationaliste.

Quoi qu’on dise, Robert Guéï n’est pas seul dans les dérives observées après le scrutin. Balla Kéïta et le capitaine de frégate Henri Sama, deux personnalités bien écoutées dans le sérail de la junte, auraient pesé de tout leur poids dans la décision du général Guéï de confisquer le pouvoir.

En définitive, on peut retenir une image : la Côte-d’Ivoire a rendu un énorme service au reste du continent en lui insufflant la capacité de résistance aux despotes et autres tyranneaux prompts à confisquer le pouvoir au peuple. Une leçon de résistance.