La Journée internationale de la femme selon Queen Etémé

A l’occasion de la Journée internationale de la femme, l’artiste camerounaise Queen Etémé organise, ce mercredi à Paris, « Femme Noire », un spectacle événement de chansons et de poésie avec un riche plateau d’artistes. Un acte culturel militant et engagé d’une femme de cœur qui l’a justement ouvert pour Afrik. Interview.

Mercredi 8 mars Journée internationale de la femme. Chansons et poésies pour célébrer la « Femme Noire », hommage à la diva sud-africaine de la musique Miriam Makeba pour honorer le talent de son vivant d’une artiste de légende, la soirée de mercredi soir à l’Entrepôt promet de tenir toutes ses promesses. D’autant qu’aux commandes, il s’agit d’une équipe de choc à qui l’on doit, notamment, le succès de « Hommage de femmes à Manu Dibango » en novembre dernier. Queen Eteme et Bertrand Dubanchet de l’association Mémoire & Co récidivent. Véritable boule d’énergie, la chanteuse camerounaise agit avant tout par envie de faire avancer les choses et d’impulser une dynamique dans le milieu culturel afro. Ne vous demandez pas ce que la culture africaine peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour la culture africaine. Explications.

Afrik.com : Quelle image avez-vous de la Femme aujourd’hui ?

Queen Eteme :
Les femmes continuent de se battre à travers le monde. Elles continuent à se battre pour montrer qu’il faut compter avec elles. Qu’elles contribuent à améliorer les choses pour peu qu’on leur donne un peu de pouvoir. La femme n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur dans certaines société, même s’il existe quelques avancées significatives, comme Ellen Johnson-Sirleaf, la première femme chef de l’Etat en Afrique au Liberia. D’autres femmes percent en politique mais cela reste marginal.

Afrik.com : Qu’est ce que la femme pourrait apporter de plus ou de différent que l’homme ?

Queen Eteme :
La femme donne la vie. Elle la porte en elle et pas seulement sur le plan biologique. Parce qu’elle met au monde ses enfants, elle est plus sensible à la vie et au devoir d’aider à un meilleur épanouissement du monde. Les hommes aiment le pouvoir, la femme montre qu’il existe d’autres voies pour obtenir des choses que la force.

Afrik.com : En novembre dernier vous organisiez (avec succès) « Hommage de femmes à Manu Dibango », aujourd’hui la Journée de la femme noire dans le cadre de la Journée internationale de la femme. Peut-on vous taxer de féminisme ?

Queen Eteme :
Je suis plus féminine que féministe. Je fais juste les choses comme je le ressens et toujours avec cœur. Ce n’est pas forcément un combat idéologique.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous tenu à rendre cette fois-ci hommage à Miriam Makeba ?

Queen Eteme :
J’ai voulu faire un hommage à Miriam Makeba parce qu’elle a décidé de mettre, cette année, un terme à sa carrière. Je trouve qu’il est important d’honorer nos grands artistes de leur vivant et non à titre posthume, comme c’est malheureusement souvent le cas. Miriam Makeba est une femme chargée de symboles. C’est une vraie militante en dehors d’être une artiste magistrale. Elle est une des figures de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud. Artistiquement c’est un véritable monument. Il y a cet engagement dans les textes et une pédagogie dans sa musique. Le lyrisme de sa voix a quelque chose de si puissant qu’on ne peut que la citer en tant que modèle. Elle a inspiré et continuera d’inspirer des générations de chanteuses à travers le monde. C’est une artiste majeure de la culture africaine. Je regrette qu’aucune autorité africaine ne se soit mobilisée pour lui organiser des adieux à la scène dignes de ce nom. Je trouve qu’il est triste que les gouvernements africains n’assurent pas le pont entre les générations, car il y a là un devoir d’histoire et de mémoire pour garder nos héros et les grandes figures de l’histoire africaine. Mon fils n’aurait jamais connu Miriam Makeba si je ne lui en avais pas parlé.

Afrik.com : Avez-vous tenté de l’inviter ?

Queen Eteme :
Nous avons essayé de rentrer en contact avec elle, mais elle est malheureusement en tournée. Elle est toutefois au courant que nous lui rendons hommage à Paris.

Afrik.com : La princesse burundaise Esther Kamatari est marraine de la soirée. En quoi est-ce important pour vous ?

Queen Eteme :
Je suis heureuse que la princesse Esther Kamatari ait accepté d’être la marraine de la soirée, car c’est une femme de symboles. Je trouve qu’il est important qu’elle puisse dire un mot et sur Miriam Makeba et sur la Journée de la femme.

Afrik.com : En parlant de symbole, vous avez une fois de plus pris le parti pris du live. Un concert avec de multiples invité(e)s en live n’est-il pas difficile à organiser ?

Queen Eteme :
Le public est là et c’est notre récompense. Je crois que ce genre d’initiative live et de qualité répond à un vrai besoin du public. Car son oreille est en train de changer. Il y a une nouvelle tendance. Ceux qui n’écoutaient que de la musique festive commencent à apprécier les subtilités des musiques à textes et la musique acoustique et épurée.

Afrik.com : Vous êtes une des très rares artistes à vous lancer dans l’organisation de tels événement. Or c’est beaucoup d’énergie et de temps et ceci en plus de votre propre carrière artistique. Qu’est ce qui vous motive finalement ?

Queen Eteme :
Il faut monter une relève, sinon ce que certains de nos aînés ont entamé se perdra irrémédiablement et nous retournerons à la case départ. Si des personnes arrivent à faire des choses à leur petit niveau, c’est déjà une bonne prise de conscience. Je regrette beaucoup qu’il n’y ait pas assez d’actes citoyens posés en ce sens. Cela demande effectivement parfois beaucoup d’énergie mais il faut le faire. C’est important.

Afrik.com : Avez-vous conscience d’être un peu une pionnière ?

Queen Eteme :
Je n’ai pas conscience d’être une pionnière. Je fais juste ce que j’ai à faire. Et c’est tant mieux si ça inspire d’autres personnes. Il nous faut monter notre propre réseau sinon personne ne le fera à notre place.

Afrik.com : Qu’est ce qui vous en donne la force ?

Queen Eteme :
Le public, les gens du métier et ceux qui croient en moi…

Afrik.com : Comment réagissez-vous face à l’inertie de certaines personnes de la communauté qui pourraient faire bouger les choses ?

Queen Eteme :
Il y a tellement de talents artistiques dans la communauté afro-caribéenne que c’est du gâchis de ne rien en faire. Et je me demande pourquoi les hommes d’affaires africains, qui préfèrent rouler dans de grosses voitures, n’investissent pas plus dans la culture. Pourquoi il n’y a pas plus de personnes pour organiser des événements, développer des productions, faire des concerts… ? C’est dommage qu’il n’y ait pas de mains tendues. Alors qu’il faut juste 3 000 euros pour faire un New Morning (célèbre salle de spectacle parisienne, ndlr). Or je reste convaincue que l’Afrique peut se relever grâce à la culture. Il est grand temps que les Africains se réveillent pour réaliser cela. Sinon le manque de structure tuera la culture afro, alors qu’elle a tant à donner au niveau international.

 « Femme Noire », Spectacle de poésies et de chansons

Mercredi 8 mars à 21h00, à l’Entrepôt

7/9, rue Francis de Pressensé 75014 Paris

Métro Pernety.

Entrée 7 € ; tarif privilégié pour les femmes : 5 €