La Guinée en état de siège

Le président guinéen Lansana Conté a décrété, lundi soir, « l’état de siège sur toute l’étendue du territoire national ». La mesure, valable en principe jusqu’au 23 février, réduit fortement les libertés individuelles et collectives. « L’autorité militaire compétente » devra s’assurer de faire respecter les restrictions.

« Les destructions et les pertes en vies humaines (…) sont telles que je suis amené à décréter l’état de siège sur toute l’étendue du territoire national ». Le président guinéen Lansana Conté a fait cette annonce lundi soir, lors d’une courte allocution radio-télévisée, évoquant les dizaines de morts tombés depuis le début de la grève générale. Les syndicalistes avaient suspendu leur mouvement lancé le 10 janvier après la promesse du chef de l’Etat de nommer un premier ministre de consensus. Mais ils ont foulé à nouveau le macadam lundi, demandant le départ du président-général Conté, suite à la nomination d’Eugène Camara, un proche du président.

Les militaires à la rescousse

Le jour de l’annonce du décret d’état de siège, 18 personnes ont perdu la vie dans le cadre des manifestations. Des manifestations qui seront, selon le texte entré en vigueur lundi, interdites jusqu’au 23 février. Tout comme les « cortèges, défilés, rassemblements » et « la circulation des personnes, des véhicules ou des biens dans les localités habitées sur l’ensemble du territoire national (…) de 6h du matin à 16h et de 20 à 6h du matin ». Selon le décret, « l’autorité militaire compétente est habilitée à prendre toute disposition permettant le contrôle des correspondances postales, télégraphiques et téléphoniques ».

Elle a également le pouvoir de « prendre toutes les mesures appropriées pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature, ainsi que des émissions radiophoniques ou télévisées, des projections cinématographiques et représentations théâtrales ». De même, elle « peut ordonner l’assignation à résidence dans une collectivité territoriale ou une localité déterminée de toute personne dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité ou l’ordre public ou qui cherche à entraver l’action des pouvoirs publics ». Une mesure qui pourrait s’appliquer aux syndicalistes.

Les Guinéens inquiets

Selon le site d’information Guinée News, ce décret inquiète les Guinéens. « La population déjà victime de pillages craint que certains militaires ne se muent en pilleurs et braqueurs comme cela est arrivé dans de telles situation dans le passé », indique ce media. Une crainte sans doute alimentée par le fait que l’état de siège autorise les plus hautes autorités nationales ou locales à « ordonner en tout lieu des perquisitions de jour et de nuit ».

Lansana Conté justifie sa décision en expliquant qu’il a apporté « satisfaction à la presque totalité des postes de revendication », mais que les grévistes n’étaient toujours pas satisfaits. S’il a donné ordre au chef d’état major général de l’armée, le général Kerfala Camara, de pacifier le pays, c’est pour « éviter au pays les risques d’une guerre civile ».

L’application du décret ne doit en principe pas excéder 12 jours et peut être levée si la situation ne la justifie plus. En revanche, si le contexte restait instable, l’assemblée nationale pourrait siéger pour demander une rallonge.