La Guinée-Bissau vacille sous les coups de soldats mutins

Des soldats bissau-guinéens se sont mutinés mercredi pour réclamer le paiement d’arriérés de solde. Le chef d’Etat Major de l’armée de terre, Verissimo Correia Seabra, a été tué lors du soulèvement. Les négociations entre le chef des insurgés et le chef de l’Etat ont pris fin tard dans la nuit de mercredi à jeudi. Plus aucun soldat mutin ne se trouvait dans la rue jeudi matin.

La Guinée-Bissau a renoué, ce mercredi 6 octobre, avec sa triste réputation d’instabilité. Tôt dans la matinée, une centaine de soldats en armes ont investi les rues de la capitale, Bissau, à bord de camions équipés de mitrailleuses. Les militaires, de retour d’une mission de maintien de la paix de neuf mois au Liberia – un contingent de 650 militaires qui fait partie de la force de paix de l’Onu dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest – réclameraient le versement de leurs soldes impayées. Seuls trois mois leurs auraient été versés à ce jour.

Les mutins ont assassiné le chef d’Etat major de l’armée de terre, Verissimo Correia Seabra, ainsi que le porte-parole de l’armée, Domingos Barros, a indiqué mercredi le ministère des Affaires étrangères portugais. Ils auraient encerclé très tôt son quartier général, selon le Premier ministre qui s’exprimait sur le service Afrique de la radio publique portugaise. Verissimo Correia Seabra avait dirigé le coup d’Etat qui a renversé le Président Kumba Yala, le 14 septembre 2003, sans que le sang ne coule. Il avait assuré l’intérim quelques jours, avant de céder le pouvoir à un civil.

Les mutins sont rentrés dans leurs casernes

« La situation est grave, il y a à l’évidence un coup d’Etat », s’alarmait mercredi le Président portugais Jorge Sampaio. Pourtant, les soldats insurgés, qui avaient commencé à regagner leurs casernes en début d’après-midi, avaient disparu des rues de la capitale ce jeudi matin, selon l’Agence Française de Presse (AFP). Le premier contact de leurs chefs, avec une délégation du ministère de la Défense, s’est soldé par un échec. Mais une seconde rencontre a eu lieu, en début de soirée, au quartier général de la Marine, en présence du ministre des Affaires étrangères, Soares Sambu, et de l’émissaire de l’Onu en Guinée-Bissau, Joao Bernardo Onwana. Les discussions se sont poursuivies à la résidence officielle du Président Henrique Rosa et ont pris fin tard dans la nuit, sans qu’aucune information ne filtre sur leur teneur.

Au cours de la soirée, cette « commission de négociation », qui réunissait insurgés, gouvernement et représentants de l’Onu, a pris soin de publier un communiqué dans lequel elle appelait les mutins à regagner les casernes. Précisant : « Les militaires surpris en train de circuler en dehors des casernes et en tenue militaire sont responsables de leurs actes ». Par ailleurs, le Premier ministre avait averti lors de son intervention radiodiffusée : « Nous ne pouvons accepter des demandes qui nous sont faites avec une arme braquée sur nous ».

Le parti de Kumba Yala accusé

S’il a évoqué le motif économique de cette mutinerie, il a également accusé l’opposition d’avoir manipulé les soldats. « Les hommes politiques qui sont derrière ces incidents ne savent pas perdre sur le terrain démocratique, ce gouvernement a été légitimement élu », a-t-il expliqué. Répondant à des journalistes qui lui demandaient s’il visait le Parti de la rénovation sociale (PRS), ex-formation du Président Kumba Yala, il a répondu : « Vous savez de qui il s’agit et ce sont les journalistes qui disent que c’est le PRS ».

Les élections législatives de mars dernier, qui étaient censées ouvrir la voie à une transition démocratique, avaient donné la victoire au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, ex-parti unique). Une victoire que le PRS avait longtemps refusé de reconnaître. Dès les premiers votes, la formation avait indiquée qu’elle « n’acceptera aucun résultat issu d’élections tendancieuses, injustes, mal organisées et obscures ». Les observateurs internationaux avaient, pour leur part, jugé les élections législatives « libres, justes et transparentes », malgré des dysfonctionnements.