La guerre des images : et l’Afrique dans tout ça ?

Deux images se télescopent tous les jours à travers les médias tant en Europe qu’en Afrique et auxquelles nous sommes habitués et que nous regardons sans trop réagir. D’une part des scènes de catastrophe en Europe sans que nous ne puissions voir un seul corps humain délabré ou encore un seul cadavre gisant sur son sang. Ce qui est sommes toutes tout à fait normal eu égard au respect que nous devons à ceux qui nous ont quitté mais aussi à leurs familles et amis. D’autre part, quand il s’agit d’attentats, de guerres, de massacres ou encore de famines ou autres fléaux frappant l’Afrique ou les africains, les médias ne se privent pas de mettre sur la face publique des cadavres dans des situations les plus horribles au mépris de tout respect de la dignité humaine et sans aucune considération pour ceux qui viennent de nous quitter, encore moins de leurs familles ou amis. On peut dire qu’un mort n’a pas la même valeur selon la couleur de peau. Peut-on parler de marketing funèbre ?

Par Daby POUYE

Quand on parle aussi des chefs d’Etat africains, les médias n’hésitent pas à les dépeindre sous des traits les plus sanguinaires en mettant le plus souvent des « images » incitant à ridiculiser ces derniers.
Tout dernièrement, une télévision que je ne citerais pas avec des journalistes « donneurs de leçon » que je ne citerais pas non plus ont mis « en scène » trois chefs d’états considérés comme des pilleurs de leur pays qui pourtant croulent sous des dettes monstrueuses. Soyons
clair. Je ne me positionne pas comme un défenseur de ces derniers. Je ne connais pas le dossier et à ce titre, je ne me permettrais aucune conjecture. Là n’est pas le problème de cet article. La question ici concerne ce que j’appellerais la guerre sournoise des images. En effet,
le monde d’aujourd’hui est devenu un monde dans lequel l’image crée le réel. On croit ce que l’on voit.

Peut-on parler pour autant de guerre des images ? Le mot n’est-il pas trop fort ? Si on s’en remet à l’histoire, on peut remarquer que le plus souvent, la guerre médiatique a accompagné et précédé les conflits armés. L’offensive américaine en Irak en est un exemple patent. De
façon certaine, nous pouvons affirmer que l’image concourt à la guerre psychologique. Souvent déformées, transformées ou exhibées de telle ou telle façon, les images sont devenues plus que jamais le nouvel instrument de domination entre les mains des puissances occidentales dans leur rapport avec le reste du monde. Aujourd’hui, les puissances détentrices des technologies de l’information et des communications renforcent de façon implicite ou explicite l’inégalité entre les pays en martelant une sorte de prophétie auto réalisatrice entre un continent dit développé et un autre qui est plus que jamais laissé pour compte.

Internet a multiplié dans des proportions incalculables et encore immesurables la surinformation imagée et personnalisée. Or, il n’est point besoin d’aller loin dans l’histoire pour mesurer le poids des images dans bien des domaines. La force de l’image sur les représentations et ses effets sur l’opinion ne sont plus à démontrer. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes prisonniers de notre propre image et de celle que
les autres se font de nous.

Nous vivons dans ce que je nommerais une Amazonie de mythologie pour faire référence à la nébuleuse qu’est la forêt amazonienne et aux mythes et fantasmes développés autour des « belles amazoniennes ». C’est là d’ailleurs que mythes et fantasmes se recoupent pour donner
l’illusion de régler la vie sociale, histoire d’échapper à ses aspects les plus absurdes.

Alors, la guerre des images relève-t-elle d’un mythe comme celui développé par certains extrémistes parlant du complot judéo-maçonnique ? Assurément non. Aujourd’hui, tout est image. Les hommes politiques rivalisent avec les stars du show-biz pour soigner leur image et n’hésitent plus à dépenser des sommes importantes pour se façonner une belle posture. Il en est de même pour les villes entre elles, les régions mais aussi les Etats. C’est en ce sens que nous pouvons d’ailleurs comprendre que certains Etats refusent en cas de catastrophe les aides des autres pays, histoire de montrer à la face du monde qu’ils « maitrisent » parfaitement la situation et qu’ils sont capables de la « gérer ».

N’oublions pas que comme nous le rappelle si bien un vieux proverbe ivoirien, « la main qui tend est toujours en bas de celle qui donne ».
Qu’en-est-il de la place de l’Afrique dans tout ça ? Pas vraiment en bonne posture. Mais en être conscient pour mieux se positionner est une façon d’affirmer que nous avons perdu une bataille mais pas la guerre des images car cette guerre est avant tout celle d’hommes et de
femmes porteurs de valeurs universelles et pour qui, diversité rime avec richesse.

Dans tous les médias, quand on parle de l’Afrique, le continent est trop souvent associé à des adjectifs les plus négatifs. Et comme dirait un proverbe wolof : « Kou nieup toufli nga toy » autrement dit, à force de recevoir des crachats, on finit par être mouillé ; proverbe que je traduirais comme une sorte de prophétie auto réalisatrice. Famine, guerre, dictature, corruption, incapacité de se débrouiller, saleté et j’en passe. Et quand on nous montre des images, c’est toujours pour mieux confirmer ces dires et tenter de nous persuader que l’Afrique est un continent a-historique, dépourvu de talents en son sein et incapable de s’en sortir. Nos jeunes qui seront élevés dans cette « histoire tronquée » qui relève purement et simplement d’une guerre des images enfouie au plus profond des subconscients, partent avec un handicap certain. STOP. STOP ET ENCORE STOP. Il faut se sortir de cette image en commençant par montrer toute la richesse de l’Afrique tant sur le plan naturel que sur le plan humain. L’Afrique, berceau de l’humanité, terre de l’universel est l’avenir du monde. L’animisme en Afrique est d’ailleurs dans une certaine mesure un des multiples indices d’une Afrique terre de diversité.

Non, l’ennemi de l’Afrique aujourd’hui, ce n’est pas les africains mais plutôt un retard économique que la guerre des images vient renforcer en nous confinant dans les rôles de téléspectateurs. Nous sommes dans une guerre économique dans laquelle la communication permet de déstabiliser l’adversaire avant de lui asséner le coup fatal. Ce coup n’aura pas lieu. Et comme le disent certains sociologues, décortiquer les mécanismes de la domination permet de mieux la combattre. Il ne s’agit certes pas de défiler dans les rues ; encore moins de protester dans la rue. Nous avons vu les limites de telles actions. Je crois aux vertus du marché et il ne s’agit pas de les nier. Il faut revenir aux trois dimensions de l’image :

 L’image est d’abord une référence et en tant que telle, une représentation de la réalité de la même façon que l’homme est à l’image de Dieu et donc une copie certes mais une banale copie ;

 D’autre part, l’image est une fiction et même si on peut dire qu’il n’y a pas de fiction sans réalité, il n’en demeure pas moins que la fiction laisse place à de multiples interprétations ;

 Et enfin, la dernière dimension relève de la fonction créative de l’image qui est de loin l’un des aspects les plus importants en se sens que l’image peut « créer » le réel et participer dans une certaine mesure à cette prophétie auto réalisatrice qui est tant destructrice de volonté.
L’Afrique ne peut se permettre de perdre la guerre des images. Elle peut y arriver et elle va y arriver. Les Occidentaux ont crée le droit d’ingérence. Les africains et en premiers lieu les cadres et cadres dirigeants ont à créer le devoir africain d’agir économique. Le marché est le plus sûr moyen à l’heure actuelle de se sortir de cette situation. Nous allons y arriver en mettant en avant le tryptique gagnant suivant : LE TALENT ; LA CREATION ET SURTOUT LA COMMUNICATION.

Dans cette guerre des images, tout compte. Il ne s’agit donc pas de tendre l’autre joue mais de rendre chaque coup image contre image. Comme dirait Léopold. S. Senghor la civilisation de l’universelle est le rendez-vous du donner et du recevoir, gage de la symbiose des civilisations. Nous avons les moyens car nous avons des hommes. Le Burkina Faso signifie au pays des hommes intègres Ce pays qui n’a pas de richesse connue mise sur le talent de ses hommes. Alors, à l’instar de ce pays, inventons sur le plan économique le devoir d’agir dans l’intérêt du continent.

L’absence de religion révélée loin d’être un handicap doit être le moyen de fédérer tous ceux pour qui l’Afrique est l’avenir du monde.

Daby POUYE

Professeur de marketing

PDG du groupe Ascenciele International Corporation

www.ascenciele.com