La guerre des bulles ne fait que commencer

Combattre l’impérialisme américain. Tel est le mot d’ordre des concurrents de Coca- Cola et de Pepsi. Zam Zam Cola, Mecca Cola, Qibla Cola ou Arab Cola, ces sociétés ont décidé d’envahir le marché musulman suite au boycott des populations touchant les marques américaines.

Depuis le début des années 1990, après l’Intifada en Palestine et la première guerre du Golfe, le monde musulman vit très mal la domination américaine au Moyen-Orient. Pour la contrer, les consommateurs ont décidé de boycotter les produits venant des Etats-Unis, symboles d’un impérialisme envahissant. De nouveaux espaces de concurrence se créent. Ainsi assiste-t-on à une véritable guerre des colas pour contrer l’hégémonie internationale de Coca et Pepsi. A l’assaut du marché, Mecca Cola, Qibla Cola ou encore Arab Cola entendent détrôner les deux géants. Certaines marques, comme Zam Zam Cola, existent depuis une vingtaine d’années mais elles n’avaient pas pour objectif initial de concurrencer les distributeurs américains.

L’émergence d’un marché juteux

Comme beaucoup de ses concurrents, Arab Cola vise à distribuer ses boissons dans le monde arabe. Sa clientèle est composée à 99 % de musulmans. Cette marque est née suite à la fermeture au Caire de l’usine Coca-Cola, car les Egyptiens ne voulaient plus consommer la fameuse boisson. Le Moyen-Orient est un grand consommateur de sodas avec, par exemple, 22 millions de bouteilles vendues chaque jour aux Emirats, 14 millions en Egypte,1,6 million en Algérie.

Fortes de ce constat, des sociétés n’ont pas hésité à se créer pour exploiter ce marché prometteur. Arab Cola, tout comme ses adversaires directs, s’est engouffrée dans la brèche. L’entreprise est sollicitée à travers le monde (Hong Kong, Pakistan, Bangladesh…). Elle se tourne aussi vers le marché africain en signant notamment un protocole d’accord avec les pays limitrophes du Sénégal (où elle va implanter une usine de production) comme la Mauritanie, le Mali ou la Guinée.

Anti-impérialisme économique

Pour Gérard Le Blanc, directeur d’Arab Cola, son entreprise  » n’approuve pas l’idéologie et la logique de l’administration du président Georges W Bush « . Arab Cola n’adhère pas à la politique des  » faucons  » de Washington qui ont mené une guerre préventive contre l’Irak.  » Nous ne sommes pas contre le peuple américain ni contre le peuple d’Israël mais nous défendons la cause arabe sans pour autant approuver les actes terroristes « , précise Gérard Le Blanc.  » Le boycott des produits américains a commencé avant la seconde guerre d’Irak.  »

Quant à Tawfik Mathlouthi, fondateur de Mecca Cola, son entreprise est  » un produit militant, de boycott de l’impérialisme américain et du sionisme « . Il y a une forte demande des pays arabes pour les boissons gazeuses. Les gens ne veulent plus  » boire idiot mais engagé « . Tout comme Gérard Le Blanc, Tawfik Mathlouthi assure toutefois que sa démarche n’est pas anti-américaine :  » J’aime l’Amérique mais l’Amérique ouverte sur le monde « .