La grogne des motos-taxis du Cameroun

Assurance, port du casque, permis, vignette… Le gouvernement camerounais à pris plusieurs décisions visant à règlementer la circulation des motos-taxis. Les conducteurs et propriétaires de véhicules ont jusqu’au 3 juillet 2009 pour mettre leur machine en conformité avec le règlement, sous peine de sanctions. Mais face à la pression, ils menacent de faire grève.

Notre correspondante au Cameroun

Depuis quelques années, les motos-taxis pullulent dans les rues des grandes villes camerounaises, à l’instar de Douala et Yaoundé. Communément appelées « Bend skin », elles rendent un grand service aux populations, car elles accèdent facilement et à bon prix à des lieux enclavés. Cependant, les conducteurs de ces engins roulent sans avoir subi une formation et sans aucun papier (assurance, permis de conduire, capacité…). Plus grave, ils n’ont aucun moyen de protection, pas de casque pour le chauffeur et encore moins pour le passager. Le résultat est dramatique. Pas une journée ne passe sans que ces engins ne renversent ou ne tuent un passager. Les blessés et les morts se comptent par milliers dans les villes. L’hôpital Laquintinie de Douala a tellement reçu ces accidentés qu’un de ces pavillons, celui qui accueille les nombreuses victimes, a été baptisé « Pavillon bendskin ». C’est dire la gravité de l’affaire.

Le gouvernement a décidé de régulariser le fonctionnement de ce mode de transport en commun. Dans six mois au plus tard, selon un texte du Premier ministre, Ephraïm Inoni, tous les exploitants de motos-taxi devront être subordonnés entre autres, à « l’obtention d’une licence de transport de catégorie S2 et d’une carte de transport en cours de validité ». A cela, il faudra ajouter une assurance, un certificat de capacité de catégorie MT et le port du casque aussi bien pour le « bendskineur » que pour son passager. De plus, désormais, toutes les motos-taxis seront peintes en jaune et ne devront avoir plus d’un passager. Elles paieront l’impôt libératoire, le stationnement, la vignette.

La colère monte

Toutes ces mesures sont loin de plaire aux propriétaires et conducteurs de motos-taxis qui ont d’ailleurs menacé de faire grève, la semaine dernière. Qu’à cela ne tienne, dans la ville de Yaoundé, les voitures de la Communauté urbaine ont déjà commencé à mettre en fourrière des motos taxis mal stationnées comme cela se fait pour les voitures. Et la grogne continue de monter tout doucement.

D’abord apparues dans les régions du Nord et du Grand Nord du Cameroun, les motos taxis sont arrivées dans les autres régions autour des années 90. Mais leur exploitation était timide et confinée dans les périphéries difficiles d’accès.

Aujourd’hui, elles sont devenues un mal nécessaire à cause des nombreux services qu’elles rendent aux usagers. Leur vulgarisation s’est accélérée avec la montée du chômage. Comme pour le taxi et la vente de la friperie, il ne s’agit plus d’une activité réservée à l’idiot de la famille. Certains de ces jeunes hommes sont titulaires d’un baccalauréat ou d’une licence de l’enseignement supérieur.