La grippe aviaire fait son apparition au Niger

Deux foyers de grippe aviaire viennent d’être découverts au Niger. Le laboratoire de référence conjoint de l’Organisation internationale pour la santé animale et de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation a officiellement annoncé, lundi 27 février, la présence du virus H5N1 dans le pays. C’est le troisième pays touché par l’épizootie, après le Nigeria et l’Egypte.

Par Vitraulle Mboungou

« Le virus est entré au Niger », a indiqué Bernard Vallat, directeur général de l’Organisation mondial de la santé animale (OMSA), à la presse lundi 27 février. La présence du désormais célèbre virus H5N1 de la grippe aviaire a été confirmée suite à des analyses pratiquées dans un laboratoire de Padoue, en Italie, sur des canards domestiques en provenance de deux régions du Niger : San Barde et Magaria. « Nous avons reçu confirmation de notre laboratoire de recherche à Padoue en Italie que le virus H5N1 a été isolé dans les échantillons qui leur sont parvenus », a affirmé la porte-parole de l’OMSA, Maria Zampaglione à IRIN. La présence de ce virus hautement pathogène au Niger paraît très inquiétante car le pays sort à peine d’une sérieuse crise alimentaire. C’est d’autant plus préocupant qu’il est l’un des pays le plus pauvre au monde.

Le foyer épidémique de Magaria, se trouve tout près de la frontière avec le Nigeria, a ajouté la porte-parole de l’OMSA. Le Niger partage avec le Nigeria, premier pays africain à avoir été touché par cette souche mortelle de la grippe aviaire au début du mois, une frontière commune de 1 500 km. Suite à la découverte de la souche H5N1 dans les Etats nigérians frontaliers du Niger, beaucoup de volatiles domestiques et sauvages morts ont été signalés par les autorités nigériennes et des prélèvements ont été envoyés dans les laboratoires de l’OMSA en Europe. C’est grâce à cela que ces deux foyers ont être détectés. D’après Ilaria Capua, responsable du laboratoire de Padoue, l’arrivée du virus au Niger, après le Nigeria et l’Egypte, peut se révéler être le signe d’un début de pandémie sur le continent africain. Les experts sont donc inquiets face à cette propagation dans la région, une région qu’ils estiment mal préparée pour faire face à une telle crise sanitaire.

Le jour même où était annoncé la découverte de ces foyers de contamination au Niger, le ministre nigérian de l’Information, Frank Nweke, confirmait parallèlement la présence du virus H5N1 dans les Etats de Yobe (nord) et Nassarawa (centre). Ces deux Etats rejoignent ainsi la liste de six Etats déjà touchés par l’épizootie (Kano, Kaduna, Plateau, Bauchi, Katsina (nord) et le Territoire de la capitale fédérale (FCT) Abuja). Soulignons au passage que l’Etat de Zamfara, également contaminé selon le ministre, ne figure plus sur cette liste. « Les analyses effectuées par le laboratoire de référence de l’OIE en Italie sur des prélèvements aviaires faits à Zamfara se sont révélés négatives. Cependant, cet Etat reste en danger en raison de sa proximité avec d’autres Etats où l’épizootie s’est déclarée », a-t-il expliqué.

« Les autorités nigériennes n’ont pas officiellement réagi »

La porte-parole de l’OMSA, Maria Zamglione, en annonçant l’arrivée de la grippe aviaire au Niger, a bien insisté sur le fait que son organisation attendait que le Niger officialise la nouvelle en lui envoyant un rapport détaillant notamment le nombre d’exploitations infectées. Mais il semblerait que les autorités nigériennes refusent de confirmer la présence du virus sur leur territoire, et préfèrent attendre la confirmation de laboratoires suisses et français à qui des échantillons ont également été envoyés. Le porte-parole du gouvernement nigérien, Mohammed Ben Omar, a ainsi affirmé à la presse ce même lundi ne « pas avoir eu confirmation » de cas de contamination par le virus H5N1 dans le pays. Le ministre des Ressources animales, Djina Abdoulaye, a quant à lui indiqué à l’AFP qu’il « attendait les résultats définitifs (des analyses) pour savoir s’il s’agissait bien de souches du virus H5N1 ».

Dès l’année dernière, Niamey a interdit les importations de volailles en provenance des pays infectés par la grippe aviaire. Cette interdiction a été étendue aux importations de volailles et produits dérivés du Nigeria voisin, dès l’annonce de la présence du virus dans le pays, le 8 février dernier. En outre, il y a deux semaines, le Comité nigérien de lutte contre la grippe aviaire a mis en place, avec l’accord du gouvernement, un programme d’urgence de 2,2 milliards de francs CFA pour prévenir l’épizootie. Un dispositif de toute façon insuffisant face à la porosité des frontières.

Mise à jour, 16h30
Nouveau cas de grippe aviaire confirmé en Ethiopie
« Des poulets morts dans le sud de l’Ethiopie ont récemment succombé à la grippe aviaire », vient d’annoncer, ce lundi, le ministère éthiopien de l’Agriculture et du Développement rural. Cependant il est incapable de préciser s’il s’agit de la souche mortelle H5N1. « Selon notre laboratoire, il s’agit de la grippe aviaire, mais il y a plusieurs types de grippe aviaire. Pour déterminer le type de virus, nous devons envoyer des échantillons dans un autre laboratoire en Italie », a déclaré, Mulugeta Debalkew, porte-parole du ministère, interrogé par l’AFP. Ces propos ont été confirmés par Selashi Zewde du département vétérinaire du ministère de l’Agriculture : « selon les tests que nous avons faits, nous pouvons dire qu’il s’agit du virus H, mais nous ne pouvons pas dire s’il s’agit du virus H5N1 ou H5N2 ».