La France se replace en Afrique

L’association Renaissance Afrique France a vu le jour récemment. Créée par Denis Tillinac, un proche de Jacques Chirac, elle s’applique à resserrer les liens politiques avec L’Afrique. Rencontre avec un président.

Denis Tillinac est le président de l’association Renaissance Afrique France. Il entend rénover et renouveler le réseau africain de la France. Ainsi que ses rapports. Le paternalisme est dépassé et obsolète selon Denis Tillinac. Pour ses détracteurs, l’association viserait à remplacer les anciens réseaux français. Interview.

Afrik : Depuis quand existe votre association et quel est son but ?

Denis Tillinac : L’association Renaissance Afrique France a officiellement vu le jour le 18 juin 2001 à Douala, au Cameroun. C’était évidemment symbolique d’autant plus que Douala a été la première ville libérée par la France libre. Notre association a pour but de resserrer les liens avec l’Afrique, surtout les liens politiques. Et accessoirement, bien entendu, les liens économiques et culturels. Je veux que la France reste le héraut des pays du Sud. C’est une forme de gaullisme symbolique.

Afrik : Vous avez des délégués dans plusieurs pays d’Afrique. Comment les choisissez-vous et quel est leur rôle ?

Denis Tillinac : Je les choisis empiriquement ! Ce sont soit des autochtones soit des expatriés capables de représenter les générations montantes. Ils sont moralement irréprochables. Leur rôle est de produire une expertise régulière de la situation du pays dans lequel ils se trouvent. Ils doivent rendre compte des projets locaux dans tous les domaines (banque mondiale, développement, etc.). Je compte les présenter à Jacques Chirac début janvier prochain puisque les informations qu’ils auront collectées seront aussi transmises au Président.

Afrik : Concrètement que faites-vous dans les pays ? Certains sont-ils prioritaires ?

Denis Tillinac : Les délégués recrutent des militants et se chargent d’animations. Par exemple au Tchad, le délégué a décidé d’organiser un réunion pour mieux cerner le problème des visas. Concrètement, nous maintenons les liens avec le pays au travers du délégué. Nous sommes présents au Tchad, au Congo-Brazzaville, au Cameroun, en Mauritanie et au Sénégal. D’ici fin 2001, nous aurons des délégués en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Togo et au Bénin. En fait, notre priorité, c’est l’Afrique francophone. Mais j’aimerais aussi avoir un délégué en Angola où il y une forte communauté francophone.

Afrik : Vous parlez du problème de la délivrance de visas et de bourses. Avez-vous les moyens de faire quelque chose ?

Denis Tillinac : L’association compte effectivement faire du harcèlement tant auprès de l’Elysée et de Matignon que des médias. Nous allons organiser colloques et réunions. Il est anormal que les Africains subissent régulièrement des humiliations lorsqu’ils se rendent aux consulats pour un visa. Comme il est anormal, sous prétexte de vouloir lutter contre l’immigration clandestine, de ne délivrer ces visas qu’avec parcimonie. Quant à la délivrance des bourses, c’est un vrai problème. Les Etats-Unis distribuent aujourd’hui plus de bourses que la France et les élites africaines sont en train de devenir anglophones ! Il faut réagir.

Afrik : Après les réseaux Foccart et Mitterrand, n’avez vous pas peur d’être taxé de réseau Chirac ?

Denis Tillinac : Absolument pas. Vous savez, je n’ai jamais appartenu à un quelconque parti et je suis indépendant. Effectivement, je suis proche du président, mais c’est à titre privé. J’ai avec lui une intimité intellectuelle. L’association n’est pas un complot corrézien, même si mes rapports avec le président me donnent plus de légitimité ! Ce que je veux, c’est renouveler et rénover notre réseau en Afrique. Mon ambition, c’est de bâtir quelque chose de solide et pérenne, même si Jacques Chirac n’est pas réélu.

Afrik : On dit que Chirac est l’ami de l’Afrique. Est-ce uniquement commercial ou y a-t-il vraiment quelque chose derrière…?

Denis Tillinac : Commercial ? Malheureusement l’Afrique ne pèse pas lourd économiquement et Elf n’est plus une société française. Les liens de Jacques Chirac avec l’Afrique sont sincères et ne datent pas d’hier. Il s’intéresse, depuis toujours, à l’art africain et à l’altérité. Or l’Afrique est l’absolu de l’altérité.

Afrik : Quant à vous, quels sont vos liens avec l’Afrique ?

Denis Tillinac : J’ai fait de l’ethnologie et dans ce cadre l’Afrique m’a toujours intéressé. Mais ce n’est pas tout. L’Afrique fait rêver, c’est notre arrière-pays imaginaire. La France a besoin de l’Afrique. Nous avons beaucoup à apprendre et à prendre d’elle. Son rapport au temps, à la famille, sa sagesse. Ici, on crève de rationalisme étriqué. Je ne veux pas que nos rapports à l’Afrique se banalisent et qu’elle nous considère dans quelques années simplement comme un pays riche. Sans elle on va se retrouver pauvre et sans avenir.