La France invitée au conflit ivoirien

Les mutins ivoiriens contrôlent toujours le nord du pays. Les officiels et la presse proche du gouvernement vilipendent la France et demandent, dans le même temps, le soutien de l’ancienne puissance coloniale. Les chefs d’Etat de la CEDEAO sont réunis depuis deux heures à Accra pour discuter de la crise ivoirienne.

Les dirigeants ouest-africains planchent depuis le début d’après-midi sur la crise ivoirienne. Le but est d’éviter que la locomotive de l’Afrique de l’Ouest ne sombre dans une guerre civile. La situation militaire et politique est devenue intenable en Côte d’Ivoire. Les mutins contrôlent depuis l’insurrection militaire du 19 septembre le Centre et le Nord du pays tandis que la capitale économique Abidjan et le Sud sont aux mains des forces loyalistes. Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis dans la capitale du Ghana voisin, veulent désamorcer la crise, qui dépasse désormais les frontières de la Côte d’Ivoire.

Le spectre du Liberia et de la Sierra Leone

Avec la régionalisation de la crise, la CEDEAO veut à tout prix éviter l’exemple libérien ou sierra-léonais. Et la tension entre le Burkina et la Côte d’Ivoire seront sûrement au centre du sommet ghanéen. Les relations entre Abidjan et Ouagadougou sont très tendues. Les frontières entre les deux pays sont fermées et les autorités ivoiriennes ont coupé toutes les communications vers le Burkina Faso. La presse ivoirienne, dans sa quasi-totalité, a cité nommément le président burkinabè, Blaise Compaoré, comme  » l’instigateur de la tentative du coup d’Etat « . C’est dans ce contexte que le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a proposé la création  » d’une force de paix ouest-africaine, composée de 3 000 ou 4 000 hommes « . La CEDEAO compte sur le soutien au moins logistique de la France pour former cette force.

La France, accusée et demandée

Avant la mutinerie, les relations entre Abidjan et Paris étaient sans nuage. Depuis dix jours, elles ne cessent de s’envenimer. Motif : la France ne veut pas intervenir dans le conflit qu’elle décrit comme une crise  » ivoiro-ivoirienne « , donc intérieure : une mutinerie. Or, en Côte d’Ivoire, on parle de tentative de coup d’Etat et d’agression extérieure. Et donc, selon les accords qui lient les deux capitales, la France doit intervenir militairement aux côtés de l’armée loyaliste, comme en cas d’agression caractérisée depuis un territoire voisin.

Très remonté contre la France, le ministre de la Défense, décidément le plus visible des responsables ivoiriens, accuse Paris d’avoir retardé les assauts de l’armée ivoirienne par ses opérations d’évacuation  » grassement lentes « , selon le quotidien Notre Voie, journal du parti au pouvoir. Par ailleurs, la presse ivoirienne s’en prend violemment à l’ancienne puissance coloniale, accusée de  » rouler pour les mutins et pour Alassane Ouattara « . Une campagne qui a obligé l’ambassadeur français à rompre sa réserve diplomatique en rappelant que les enfants et la femme du ministre de la Défense avaient aussi trouvé refuge à l’ambassade de France dans les premières heures du soulèvement militaire.