La France écoute aux portes de l’Algérie

Le renseignement français intercepte les communications radio des services de sécurité algériens. Apparemment, c’est instructif. A tel point que certains responsables de massacres seraient connus des espions français.

Une unité d’écoute de la Direction Générale des Services Extérieurs (DGSE), les services secrets français, basée à Saint-Laurent-de-la-Salanque (Languedoc Roussillon) intercepterait depuis plus de trois ans les communications des forces de sécurité algériennes. Si cette information révélée par l’hebdomadaire français,  » Le Nouvel Observateur « , a été accueillie avec une relative indifférence en France, il n’en est pas de même en Algérie, où la question de écoutes n’est pas aussi coutumière. Les quotidiens  » El-Watan  » et  » Liberté  » n’ont pas hésité à mettre l’information en  » Une « .

Et pour cause : une source bien informée, citée par le journaliste Vincent Jauvert, prétend que ces écoutes très indiscrètes permettent aux services de renseignements hexagonaux d’avoir  » une idée précise de qui perpètre certains massacres de civils « . Difficile d’en savoir plus et de faire la part entre information et désinformation.

Un lieu idéal

Achevée sans doute fin 1997, cette base secrète dissimulée au milieu des marécages qui s’étendent au pied du mont Canigou tient en un vingtaine de  » parapluies  » dont l’emplacement ne doit rien au hasard. En effet, intercepter les ondes radio codées et non codées que s’échangent les forces de sécurité algériennes, exige des infrastructures en milieu quasi désertique (pour éviter les parasitages électromagnétiques) et la proximité de la mer. Motif : les ondes rebondissent sur l’eau. Les eaux miroirs des étangs saumâtres qui jalonnent le littoral du golfe du Lion constituent un lieu idéal.

C’est d’ailleurs en Camargue que le patron de la DGSE de l’époque, Claude Silberzahn, avait initialement souhaité que s’érigent les unités d’écoute de la  » grande muette « , au lendemain de la chute du mur de Berlin. Mais ce projet avait du être abandonné devant l’hostilité du maire d’Arles, Michel Vauzelles et des écologistes.

Difficile d’imaginer que la création d’une telle base destinée à  » écouter  » le Maghreb, n’a pas a été décidée en haut lieu. Contacté par Afrik, Vincent Jauvert évoque l’ancien ministre de la Défense, Pierre Joxe, aujourd’hui commissaire aux comptes. Et François Mitterrand. Himself.

Des indiscrétions reconnues

Les motifs de création de la base de Saint-Laurent-de-La-Salanque sont nombreux. D’abord, il y a l’essor technologique des télécommunications qui a fait passer les écoutes au premier plan des priorités des services de renseignement français. Ensuite, il y a la conjonction de la chute du mur de Berlin et du début de la sale guerre en Algérie, qui a poussé l’espionnage français à privilégier le Sud sur l’Est. Enfin, la crainte d’une exportation du conflit algérien en France. Crainte culminant avec la campagne d’attentats des années 95 et la prise d’otage de l’appareil d’Air-France. A ce sujet, les autorités avaient justifié l’intervention musclée du GIGN en territoire français, par l’interception de communications internes des militaires algériens qui prévoyaient un assaut, jugé trop dangereux par Paris.

Qu’en est-il réellement des information recueillies par ces grandes oreilles méridionales ? Contacté par nos soins, le ministère français de la Défense n’a toujours pas réagi à l’heure où nous bouclons.