La force de l’authenticité

Après le succès fulgurant de leur premier album aux Etats-Unis. Les Nubians reviennent en force avec  » One step forward « , un nouvel opus, salué par toutes les critiques, où elles explorent un peu plus encore leur propre univers. Comment expliquent-elles l’engouement suscité par le groupe outre-atlantique ? Interview.

Hélène et Célia Faussart, alias Les Nubians. Un groupe parisien plus célèbre aux Etats-Unis qu’en France. Parfum d’authentique, les deux soeurs, métisses camerounaises, nourrissent une musique soul aux accents reggae. Quatre ans après Princesses nubiennes, elles reviennent avec One step forward, album qui fait partout l’unanimité de la critique. Installées depuis aux Etats-Unis, elles posent un nouveau jalon dans leur carrière en marche. Très simple et accessible, Célia, malgré le marathon promotionnel imposé par la maison de disque, revient tranquillement sur les raisons du succès des Nubians outre-atlantique et nous explique pourquoi elles tiennent à garder toute l’intégrité de leur univers musical.

Afrik : Comment jugez-vous l’album par rapport au premier ?

Célia : C’est un album plus actif, plus dans la vie, moins dans le monde des idées. Il est également plus relevé. Il y a plus de morceaux up tempo par exemple que dans le premier, plutôt mid tempo.

Afrik : Les Nubians ont plus de succès aux Etats-Unis qu’en France, n’est-ce pas un peu frustrant ?

Célia : Ça m’a embêté un petit peu au début. Mais d’un autre côté on a quand même eu un gros succès d’estime en France. Ce qui n’est pas mal pour un premier album. On ne peut pas prendre ça comme un échec ou un flop sachant que notre pays est dur en matière de musique et sachant que les disques dans notre pays coûtent super cher.

Afrik : Comment expliquez-vous votre succès ?

Célia : Peut être parce que les Etats-Unis ont une scène soul beaucoup plus présente qu’en France.

Afrik : Ne serait-ce pas aussi leur côté  » retour au source  » qui a favorisé votre succès ?

Célia : Peut être qu’il y a une conscience de l’identité noire aux Etats-Unis qu’il n’y a pas en France. C’est vrai qu’ici on a eu du mal à avoir notamment le soutien de la communauté ici (France, ndrl). Certains disaient :  » Ce sont des métisses, de quoi elles nous parlent ? « . D’autres :  » ça ne nous intéresse pas « . Et puis nous ne correspondions pas à ce qu’on attend d’une chanteuse de soul ou de R’N B en France : une copie d’une diva américaine, très sophistiquée. Peut être qu’au Etats-Unis ils ont dépassé ce côté là et que ce qu’ils ont aimé chez nous c’était la simplicité, le naturel, le côté spectacle vivant, le côté scène, le côté mystique. On leur a aussi apporté une Afrique moderne.

Afrik : Quels liens gardez-vous justement avec l’Afrique ?

Célia : Ma mère habite encore là bas. Donc j’y vais tant que je peux, même si la dernière fois que j’y suis allée c’était il y a deux ans. Quand j’habitais à Paris, j’habitais dans la communauté. On va dire le 18ème (rires). L’Afrique est toujours là, toujours présente. J’ai mon Afrique à moi dans mon coeur. Pour sortir l’Afrique du marasme, on essaie de voir ce que l’on peut faire à notre niveau. Même si on sait que la musique ne change pas le monde.

Afrik : Vous avez toutes les deux des enfants. N’est-il pas difficile de concilier votre carrière et votre vie de famille ?

Célia : C’est difficile, comme pour toute mère qui travaille. Je suis souvent partie, mais comparée à d’autres mères qui travaillent tous les jours, je peux passer un mois avec mes enfants 24H sur 24. Un privilège comparé à d’autres mères qui enchaînent le travail la semaine, le ménage du week-end et rebelote le lundi. Elles voient finalement très peu leurs enfants alors que j’ai le luxe de pouvoir les voir en continu. Par contre il y a des périodes où je ne les vois pas pendant deux semaines.

Afrik : Malgré le succès de votre premier album aux Etats-Unis, il y a très peu d’invités sur One step Forward ?

Célia : On avait envie de faire notre album, d’affirmer notre identité musicale. Je ne comprends pas pourquoi on s’attend de nos jours à ce que quelqu’un qui sort un premier album qui marche bien fasse un deuxième avec tout le monde. Et finalement votre album devient l’album des autres. Les gens viennent l’acheter parce qu’il y a Lauren Hill ou Busta Rhymes dessus. Ce n’est pas du tout ce que nous avions envie de faire. Ces gens là ont eu le temps de faire leur carrière. Avant de faire plein d’albums avec des featurings (invités, ndlr), Busta Rhymes a fait plein d’albums tout seul. Mary G Blige aussi. Et puis quand on ne se connaît pas bien soi-même, on n’est pas vraiment prêt à rencontrer les autres.

Afrik : Vous n’avez pas encore trouvé toute votre maturité musicale ?

Célia : Jusque là nous n’avions fait qu’un album : c’est assez instable. C’est comme si tu n’avais qu’une seule jambe. Puisque justement après le premier album, les gens disaient que c’était un conte de fées, que ça a été un coup de chance que ça ait marché aux Etats-Unis. Si on avait fait un album qu’avec des featurings et que ça avait marché les gens auraient dit  » C’est à cause des autres « . Pour l’instant, les retours sur le nouvel album, qui correspond complètement à notre univers, sont partout très bons.