La fistule obstétricale, l’un des facteurs de divorce ou de séparation au Cameroun


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La Fistule obstétricale

La fistule obstétricale (FO) est une communication créée entre les voies urinaires de la femme (la vessie et l’urètre) et le vagin d’une part et/ou entre la voie digestive (le rectum) et le vagin d’autre part entrainant une absence totale de contrôle des urines et des selles par la victime. Elle se caractérise par une incontinence urinaire et/ou fécale chronique.

Elle est causée généralement par un accouchement anormalement prolongé et difficile, le plus souvent sans l’assistance d’un personnel médical qualifié donc ne bénéficiant pas des soins obstétricaux appropriés. La pression constante de la tête du bébé sur le bassin de la mère, interrompt l’apport du sang dans les tissus mous qui entourent la vessie, le rectum et le vagin, entrainant une mort de ces tissus, qui lorsqu’ils tombent laissent la place à une communication anormale encore appelée fistule.

Constat fait, elle serait surtout présente dans les zones rurales très reculées ayant un accès limité à l’information et où l’accès universel aux soins maternels est faible. En 2004, une étude a révélé des cas de fistules obstétricales dans les régions du Nord et l’Extrême-Nord, régions qui se distinguent par des contextes socioculturels très favorables aux mariages précoces conduisant à des grossesses précoces. Elles sont également caractérisées par une sous-utilisation des services de santé maternelle.

De nombreuses études ont déjà montré que l’analphabétisme et la pauvreté étaient des facteurs de risque de survenue de la FO.

En effet, les FVFO (femmes victimes de fistule obstétricale) ont besoin d’assez argent pour une utilisation quotidienne (logement, nutrition, vêtement) mais aussi pour payer d’autres soins de santé liés aux problèmes sous-jacents à la FO, comme les infections uro-génitales causées par la fuite incontrôlée et permanente des urines et des selles.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la FO continue à faire des ravages dans les pays pauvres notamment ceux de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne. Au Cameroun, c’est plus de 19 000 femmes qui souffrent de FO, la majeure partie se trouvant dans la région de l’Extrême-nord. Les impacts liés à la FO sont d’une part des conséquences anatomo-fonctionnelles (infections à répétition, stérilité, infirmité sexuelle, incontinence urinaire et/ou fécale). D’autre part des conséquences sociales telles que l’exclusion sociale, rejet du mari, stigmatisation, discrimination et une pauvreté iatrogène suite aux dépenses catastrophiques.

Face à cette situation désolante, le Cameroun s’est engagé dans une campagne de chirurgie des FO à travers diverses activités soutenues par ses partenaires techniques et financiers.

Ces activités comprennent entre autre la prévention, la prise en charge chirurgicale, mais très peu de réintégration sociale des femmes opérées. Pourtant, une enquête menée auprès de 99 femmes dans le service de Maternité de l´Hôpital provincial de Maroua entre Mai 2005 et juillet 2005 a montré qu’une femme sur trois interrogées pense qu’il faille se cacher et une femme sur dix suggère qu’il faille se suicider en cas de FO. En tant que processus, la réintégration sociale permet aux femmes opérées de bénéficier d’une formation, des activités génératrices de revenue (AGR) et d’un capital qui leur permettra de mettre en pratique la formation reçue une fois retournées dans leurs villages d’origines. Cette mission apparemment anodine, n’incombe pas seulement aux autorités sanitaires mais aussi à toute la société civile. En effet la réintégration sociale doit impliquer les leaders communautaires ainsi que les organisations à base communautaires (OBC) qui sont appelés à apporter un appui de proximité. Toutefois, le processus doit tenir compte de l’avis et des connaissances des femmes bénéficiaires afin de mieux comprendre leurs besoins, leurs attentes et leurs conceptions de la réintégration sociale.

L’intensification des campagnes de sensibilisation pourrait donc aider à lutter efficacement, voire à éradiquer la Fistule obstétricale. Les conjoints et les membres de la belle-famille doivent participer à ces campagnes. Cela permet que la question de la FO soit abordée au niveau du couple et/ou familial et aussi contribue à un changement de comportement profond vis-à-vis de la FO, de l’acceptation de la femme porteuse de fistule, et d’un changement de perception de la FO qui ne sera plus perçue comme une malédiction ou une pathologie d’origine mystique.

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