La fédération a plus d’une corde à son arc

Le tir à l’arc est encore peu pratiqué au Maroc. Mais le président de la fédération royale, Boujemaa Jdaïni, ne doute pas que ce sport a un grand avenir dans le royaume chérifien. Mieux, il lui prédit un avenir radieux.

Il n’y a pas que le football et l’athlétisme au Maroc. C’est le résident de la fédération de tir à l’arc, Boujemaa Jdaïni, qui l’assure. Et on le croit aisément. Cette discipline n’a besoin que d’un passeport : le dirham. Car, malheureusement, tout l’argent va aux sports classiques. Interview passionnée.

Afrik : Comment et à quelle période le tir à l’arc a-t-il été introduit au Maroc?

Boujemaa Jdaïni : Le tir à l’arc au Maroc est un sport qui a d’abord été lancé par les coopérants étrangers, particulièrement les Français, lors du protectorat dans les années 1950. Mais la discipline a presque complètement disparu dans le sens où elle n’a continué à être pratiquée que de manière très individuelle par quelques mordus, de 1960 à 1975. De 1976 à 1979 quelques clubs se sont hasardés à ressusciter timidement cette discipline, comme ceux de Meknès, Rabat, Marrakech ou Casablanca. Ce n’est qu’en 1978 qu’on a pensé à créer une fédération de tir à l’arc, dont j’ai accepté de prendre les rênes.

Afrik : Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de créer une fédération ?

Boujemaa Jdaïni : Nous avons créé officiellement la fédération royale marocaine de tir à l’arc en novembre 1979, avec six clubs et le peu d’adeptes subsistants. C’est sans moyens que cela s’est fait. La création avait pour but principal de vulgariser le tir à l’arc à travers tout le royaume et non pas de le cantonner simplement dans 2 ou 3 grandes villes. Nous avons donc pris attache de certaines fédérations comme la France, l’Italie et l’Espagne, dans un cadre de coopération pour former nos professeurs, et ce jusqu’en 1995. Depuis nous organisons tous les ans, avec l’aide de la solidarité olympique, un stage de perfectionnement des formateurs régionaux ainsi que des tireurs. C’est ainsi qu’actuellement on peut s’enorgueillir d’avoir des tireurs dans la plupart des régions, avec leur propre clubs et leurs propres initiateurs formés sous l’égide de la fédération.

Afrik : Vous-même, êtes-vous un disciple du tir à l’arc?

Boujemaa Jdaïni : Je suis effectivement un disciple de ce sport qui est l’un des plus approprié pour la concentration. De plus, il permet de former l’individu à une discipline aussi bien du corps que du mental. Mais au début, j’avoue que lorsque l’on est venu me solliciter pour m’initier à ce sport que j’ai très vite apprécié, je l’ai fait par défi à certains expatriés vivant au Maroc qui prétendaient être les seuls à pouvoir maîtriser la discipline.

Afrik : Combien d’adhérents compte votre fédération, si toutefois il y a des chiffres?

Boujemaa Jdaïni : Il n’y a pas de recensement précis. Le nombre d’adhérents pratiquant dans le cadre des clubs se chiffre à plusieurs centaines dans tout le pays. A titre d’exemple, malgré la rareté du matériel, chaque club comptait environ 300 jeunes chacun l’année dernière. Il faut ajouter à cela les initiés dans les collèges, les lycées et les colonies de vacances que les clubs d’Oujda, de Berkane, de Tétouan et de Marrakech organisent pendant l’été.

Afrik : Peut-on dire que le tir à l’arc est-il un sport masculin?

Boujemaa Jdaïni : Non, on ne peut pas dire cela. Ce n’est pas un sport uniquement masculin. La preuve nous en est fournie par le nombre important de formatrices et de filles qui participent au différents stages et compétitions organisés sur tout le territoire.

Afrik : Comment comptez-vous promouvoir ce sport ?

Boujemaa Jdaïni : Pour promouvoir ce sport, nous essayons d’avoir un ou deux sponsors afin d’obtenir du matériel pour pousser un grand nombre de clubs omnisports à activer une section tir à l’arc. Nous essayons aussi de sensibiliser les médias, surtout les télévisions, pour faire connaître cette discipline. Enfin, nous sommes en concertation avec le Ministère de l’Education Nationale afin de créer un pôle d’éducation physique consacré à cette discipline.

Afrik : Le tir à l’arc a-t-il un avenir au Maroc?

Boujemma Jdaïni : Je suis très optimiste et reste persuadé que cette discipline a un avenir radieux dans les années futures. La formation est en effet actuellement assurée par la fédération et le matériel est mis à la disposition des clubs. La seule difficulté de taille est le matériel de tir à l’arc qui n’est absolument pas commercialisé au Maroc. Mais, la motivation aidant, je pense qu’on peut y croire.