La diaspora française attend inquiète les résultats des élections en RDC

La communauté congolaise de France vit entre la colère, l’inquiétude et l’amertume l’attente des résultats des élections générales organisées le 30 juillet
dernier en RD Congo.

Rencontrés par un correspondant de la PANA dans le 18ème
arrondissement de Paris, un quartier à forte concentration
d’immigrés africains, des Congolais ont accusé la communauté internationale de retarder la publication des résultats « pour imposer un président » à leur pays.

« Nous avons fait, nous Congolais, la preuve de notre maturité en allant voter dans le calme le 30 juillet. Maintenant, on tente de retarder la publication des résultats pour nous imposer des gens qui vont rouler pour l’étranger », s’est énervé Eugène Mutubussi, un vendeur de vêtements de mode à la sauvette au quartier « Château d’eau ».

Pour cet immigré congolais, qui dit ne vouloir que « la paix
civile » en RD Congo, l’absence de proclamation des résultats définitifs participe d’une stratégie concertée entre la Commission électorale indépendante (CEI) et les « puissances étrangères ».

« La CEI repousse sans cesse la proclamation des résultats. Elle les donne partiellement en privilégiant les résultats qui arrangent le candidat Kabila. C’est une manoeuvre qui a reçu l’aval des pays étrangers pour nous imposer un candidat. C’est un jeu dangereux », a-t-il averti.

D’autres Congolais rencontrés à « Château rouge », autre lieu de concentration de leur communauté à Paris, ont fait part de leur crainte de voir les candidats perdants refuser le résultat du scrutin du 30 juillet.

« Plus on mettra du temps à donner les résultats, plus on
alimentera la suspicion. Je crains, pour ma part, que des
candidats trouvent dans le retard le moyen de contester leur échec électoral. On vit certes loin des événements, mais l’atmosphère ne nous rassure guère. Je suis obligée de téléphoner tous les jours pour prendre des nouvelles », a dit Denise Kabutu, serveuse dans un restaurant.

Se défendant de toute prise de position partisane, Mme Kabutu ajoute : « Je suis bien sûr du MLC (NDLR : Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba), mais l’enjeu dépasse aujourd’hui l’appartenance à un parti. Il s’agit de savoir si le Congo va replonger dans une guerre civile qui a déjà fait quatre millions de morts », a-t-elle insisté, entre deux va-et-vient vers des tables à manger.

Ses inquiétudes sont largement partagées par d’autres Congolais qui rapportent des conversations « privées » avec des proches de quelques-uns des trente trois candidats en lice pour la présidentielle.

« J’ai vu des proches de certains candidats à Paris et à
Bruxelles, ils sont déterminés à refuser toute tricherie. Le discours qu’ils ont tenu ne laisse rien espérer de bon au cas où ils perdent les élections », a rapporté un Congolais qui a requis l’anonymat.

L’atmosphère post-électorale se prête bien dans la diaspora à des spéculations et quelquefois à des rumeurs sur ce qui pourrait se passer après la proclamation des résultats par la CEI.

Au milieu d’un rassemblement spontané sur une rue de « Château rouge », un orateur affirme avoir appris qu' »une importante quantité de matériel militaire » a été récemment débarquée au port fluvial de Matadi. Pour le compte de qui et par qui ? A ces interrogations, il n’apporte aucune réponse.

Alors que les premiers résultats partiels de la présidentielle créditent le chef de l’Etat sortant Joseph Kabila de 46,9% des suffrages suivi par son vice-président Jean-Pierre Bemba avec 25,4%, les Congolais de France envisagent l’avenir de leur pays avec amertume et appréhension.

La présence de 17.000 casques bleus de la Mission d’observation des Nations unies pour le Congo (MONUC) et de 1.000 hommes de la Force spéciale européenne (EUFOR) ne semble pas suffire à les rassurer.

Quinze des trente trois candidats à la présidentielle ont dénoncé vendredi des « irrégularités massives », dénonçant « le silence complice » de la communauté internationale.