La dérive libérale du Nepad

Le Nepad, donc. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, pour les non initiés. A Dakar, Wade, chantre du libéralisme, s’est retrouvé bien seul. Orphelin de ses frères Olusegun Obasanjo, Abdelaziz Bouteflika et Thabo Mbeki. A la veille de la grande messe africaine, les présidents nigérian, algérien et sud-africain se sont subitement découvert des calendriers chargés. Et ont boudé le voyage de Dakar, laissant Abdoulaye Wade assumer entièrement -et surtout seul- la paternité du Nepad. Même Hosni Moubarak, le président égyptien, proche politiquement du président sénégalais, s’est excusé,  » retenu par les développements de la crise du Proche-Orient « .

Le Nepad, encore. Ces désistements ressemblent étrangement à un camouflet (peu) diplomatique. Le Sénégal de Wade se rêvait locomotive d’Afrique, il se retrouve bien seul pour défendre ses thèses libérales. Selon certaines sources diplomatiques africaines, les relations entre Wade et ses homologues initiateurs du Nepad ne sont pas au beau fixe. Ces derniers reprochent à l’homme fort du Sénégal de faire trop cavalier seul et d’en faire un peu trop pour plaire aux Occidentaux. Son initiative précipitée sur la création d’une organisation internationale de lutte contre le terrorisme a heurté ses nombreux homologues africains qui n’y voyaient pas une priorité.

Le Nepad, toujours ? Pour le président sénégalais, il faut revoir la coopération Nord/Sud. D’ailleurs, il préfère parler de partenariat. Il fustige l’aide et privilégie l’investissement privé. D’accord, lui répond l’axe Alger-Lagos-Pretoria. Mais pour être partenaires, il faut être deux. Or, le Nord n’a pas besoin du Sud. Même pour les matières. Il se sert comme il veut, au prix qu’il impose. Donc, oui, il faut revoir les relations Nord/Sud. En en imposant d’autres, plus profitables au Sud. L’axe Alger-Lagos-Pretoria avance aussi un argument de poids. Les pays les plus avancés, le G8, lors du sommet de Monterrey n’ont évoqué le Nepad que pour le classer dans le dossier de coopération et aides publiques, à la grande surprise de Wade lui-même.