La décentralisation est en marche en Afrique

Le sommet des collectivités locales africaines, Africités, s’est achevé ce vendredi à Nairobi, la capitale kenyane. Pour ses organisateurs, ce sommet marque indéniablement un tournant majeur dans le processus de décentralisation en Afrique et la volonté des collectivités locales de jouer pleinement leur rôle de premiers acteurs du développement en relevant le défi des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

De notre envoyée spéciale

« Maintenant la décentralisation est en marche, il ne peut plus y avoir de retour en arrière. Les ministres qui n’abonderont pas dans se sens ne pourront que se sentir honteux.» C’est en ces termes que Jean-Pierre Elong Mbassi, le secrétaire général du CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique), a résumé l’un des principaux acquis de la quatrième édition du sommet Africités qui s’est terminé ce vendredi à Nairobi au Kenya. Plus de 4 000 délégués africains et occidentaux ont fait le déplacement pour assister à ce rendez-vous des collectivités locales africaines. Pour Gustavo Massiah, conseiller stratégique du Partenariat pour le développement municipal (PDM), cette édition d’Africités est le lieu où « les collectivités locales se sont affirmées comme acteurs de développement ». Aussi souhaitent-elles améliorer « leur fonctionnement et se mettre à la hauteur des enjeux. Les projets qu’elles portent ne sont pas des projets abstraits et sont en parfaite adéquation avec les objectifs du millénaire ».

Les OMD expriment en effet de façon concrète les problèmes auxquels les autorités locales sont confrontées au quotidien : entre autres, lutte contre la pauvreté, accès à l’éducation, lutte contre le sida. Les OMD, selon M. Elong Mbassi, offrent la possibilité de mettre en place un système de contrôle de leur mise en œuvre. A ce titre, les participants ont suggéré dans la Déclaration de Nairobi, publiée à l’issue du sommet, qu’un système permanent d’évaluation des recommandations d’Africités 2006 soit mis en place sous l’égide du CGLUA.

Eviter la prolifération des bidonvilles

L’établissement de partenariats entre les collectivités locales et les différents acteurs du développement au plan national et international demeure un des leviers clés pour atteindre les OMD. Concernant les ressources financières émanant des bailleurs de fonds internationaux, Gustavo Massiah note que ce « sommet marque la naissance d’une nouvelle dynamique. Nous devons faire ce que nous pouvons faire. Nous ne devons plus penser à ce que veulent ou proposent les bailleurs de fonds. Evidemment, nous avons besoin de financement et donc nous allons discuter avec les partenaires du développement, mais il faut qu’ils écoutent la demande. Et qui mieux que les collectivités locales peuvent exprimer une demande à la fois institutionnelle et participative. Un proverbe africain dit que la main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit. C’est ce qu’il faut changer ». De même, la déclaration finale reconnaît comme un défi majeur l’urbanisation. Dans dix ans, la plupart des Africains seront des citadins et 70% d’entre-eux vivront dans des bidonvilles.

Le Vice-président kenyan, Moody Awori, l’ancien Président mozambicain, Joaquim Chissano, le ministre kenyan chargé des Collectivités locales, Musikari Kombo, le ministre français délégué à la Coopération, au développement et à la Francophonie, Brigitte Girardin, et le dynamique maire de Nairobi, Dick Wathika, ont pris part à la cérémonie de clôture d’Africités. A noter qu’outre celle du Kenya, la délégation française était la plus importante, suivie par celles de l’Afrique du Sud et de la Côte d’Ivoire. La France est le quatrième bailleur de fonds du Kenya et le français, enseigné dans les établissements scolaires, est la langue étrangère la plus parlée sur le territoire kenyan.