La danse entre deux rives

Résistance(s) à l'Institut du monde arabe

Nacera Belaza, chorégraphe française d’origine algérienne, présente sa dernière création, Paris-Alger, à l’Institut du monde arabe à Paris. Trois représentations qui sont l’occasion de se délecter de sa danse minimaliste et précise.

Film introductif. « La danse, c’est ma vie. Elle m’aide à comprendre ma personnalité. » « C’est un combat contre nous-mêmes. J’étais dur, fermé. La danse m’a changé. (…) Je me sens plus naturel, plus libre. On ne danse pas seulement, on raconte une histoire sur l’Algérie, sur Alger, la vie, les jeunes, la pauvreté. » « J’ai appris la conscience. Ce que j’aime dans ce travail, c’est sa fragilité. C’est naturel, il n’y a pas de mensonge. Ce travail est simple en soi mais très difficile à réaliser. »

Nacera Belaza, la chorégraphe française d’origine algérienne, a choisi de nous faire entrer dans sa dernière création par le biais des mots avant de laisser parler les corps. Ainsi, ses trois danseurs, qu’elle a formé pendant un an à Alger, se racontent. Farès Fettane, Farid Haouch et Lamine Drici sont timides devant la caméra. Sur scène, ils explosent de force et de sensualité. Ils sont les interprètes sensibles, aux côtés de Nacera et de sa sœur Dalila (son double à la troublante ressemblance) de Paris-Alger. Une pièce chorégraphique belle et grave qu’on voudrait sans fin.

Danse minimaliste et précise

Les danseurs y sont entraînés dans une ivresse lucide, un abandon toujours maîtrisé. Nacera, cheveux tirés, fine silhouette vêtue de noir. Sa sœur à la chevelure guerrière. Ses hommes en blanc. Et différents tableaux où les enchaînements sont liés dans une étrange souplesse, où les poings se lèvent, volontaires, où les genoux fléchissent comme poussés par une force étrangère.

Paris-Alger, c’est le récit d’un va-et-vient entre les deux pays qu’a effectué la chorégraphe après six ans d’absence en Algérie. C’est aussi une victoire pour cette autodidacte qui s’est souvent cachée pour danser. Alors que la danse contemporaine est taboue en Algérie, elle a réussi à entraîner dans son sillon trois garçons qui pratiquaient la danse traditionnelle et le hip-hop. Mais Paris-Alger est surtout une consécration. A 34 ans, Nacera Belaza s’impose comme une des chorégraphes les plus douées de sa génération, creusant le sillon de sa danse minimaliste et précise. Avec obstination et courage.

 Paris-Alger, les 18-19 et 20 septembre.

Dans le cadre de Résistance(s), scènes algériennes contemporaines (18 septembre-19 octobre) à l’Institut du Monde arabe. 1, rue des Fossés-Saint-Bernard – Place Mohammed V – 75005 Paris. Rens. : 01 40 51 38 14

 A ne pas manquer :

Le documentaire d’Hélène Bouquin, Moins de bruit, sur l’aventure artistique de Paris-Alger, le 13 octobre à 20h à l’Institut du Monde arabe.

 Pour en savoir plus sur Nacera Belaza :

Les éditions de l’œil lui ont consacré un livre dans la collection Les carnets de la création, publié avec le concours du Centre national de la danse.