La culture est l’âme de l’Afrique

La musique est le parent pauvre des priorités africaines. Mais pour Meiway, il s’agit d’une richesse qu’il faut développer et protéger, chose impossible sans véritable volonté politique. L’artiste ivoirien estime qu’il a un rôle de messager à jouer devant son public et ses fans et nous dévoile les ficelles du succès. Interview.

Il a sa musique et sa danse à lui : le zoblazo. Meiway, de son vrai nom Frédéric Ehui, s’est imposé depuis plus de dix ans dans le coeur des Ivoiriens et sur la scène africaine internationale. Son dernier album solo, Eternel, est dans les bacs et marque le retour de la star après deux ans d’absence et un album en demi-teinte (Extraterrestre). Echec qu’il explique par une stratégie de promotion avortée suite aux troubles politiques dans le pays. L’artiste réaffirme l’importance de la musique et plus largement de la culture pour la Côte d’Ivoire et en appelle aux politiques pour protéger un secteur miné par la piraterie. Il estime, quant à lui, avoir des messages à véhiculer à travers sa musique.

Afrik : Comment expliquez-vous l’échec relatif de votre avant-dernier album, Extraterrestre ?

Meiway : L’album n’a pas marché parce que la stratégie de promotion a été abrégée par un coup d’Etat. Notre monde respire par la politique. Quand la politique ne va pas, rien ne va, ni l’économique, ni le social, ni le culturel. Les troubles ont commencé juste deux mois après la sortie d’Extraterrestre. La crise politique a duré six mois. Six mois pendant lesquels les tournées, les plateaux télé, les passages radios et la couverture presse ont été neutralisés. La Côte d’Ivoire est le carrefour culturel de l’Afrique occidentale. Si ça ne marche pas dans le pays ça ne marchera pas sur le continent. C’est le malheur involontaire qu’à connu l’album.

Afrik : Mais la promo n’est pas tout ce qui fait le succès d’un album…

Meiway : Il y a la qualité artistique bien sûr mais il faut reconnaître qu’un album ne vit que par sa promotion. A la limite la qualité importe peu. Quand vous voyez le succès des danses de l’été ou le phénomène des boys band, tout ça n’est dû qu’à un matraquage médiatique. Le besoin du public est largement fonction de ce qu’on lui propose, avec tout un travail extra artistique et marketing autour de la production.

Afrik : Quel regard portez-vous sur l’industrie du disque en Afrique ?

Meiway : Rien ne peut se faire en Afrique sans volonté politique. Les priorités politiques actuelles sont la santé, l’éducation… tout sauf la culture. Or la culture est l’âme d’un pays, sa vitrine, sa carte d’identité. Il n’y a qu’à voir l’impact de la musique américaine sur l’image internationale du pays. Au-delà, nous n’avons pas compris en Afrique que la culture est aussi une industrie qui peut rapporter des devises, pourvu qu’on la réglemente.

Afrik : C’est à dire ?

Meiway : Il existe un grand fléau pour la musique en Afrique : la piraterie. Et ce dans la plus grande indifférence des autorités. Or, leur rôle est justement de veiller à ce genre de chose. Une cassette légale rapporte à l’Etat car nous payons des taxes sur les disques. Les ventes officielles de cassettes en Côte d’Ivoire sont insignifiantes par rapport à la diffusion réelle des oeuvres dans le pays. Il y a 15 millions d’habitants mais les meilleures ventes se situent à 300 000 ou 400 000 exemplaires alors qu’on pourrait facilement tabler sur un million. Il faudrait mettre en place une police pour mettre une fois pour toute un terme à ces pratiques. La copie domestique est un autre phénomène qui tue les ventes réelles. Une cassette vierge coûte 500 FCFA alors que la cassette légale vaut entre 1 700 et 2 000 FCFA. C’est le devoir de chacun de respecter l’oeuvre des artistes.

Afrik : Vous avez toujours été un artiste engagé. Quel est pour vous le rôle de l’artiste ?

Meiway : Nous avons un rôle de messagers. Avant d’être musiciens, nous sommes des êtres humains. Il faut qu’on se serve de notre avantage, celui d’avoir un public varié. On touche sans distinction toutes les catégories socio-professionnelles, pour véhiculer des messages. On doit profiter de cette situation pour prôner des leitmotivs, pour améliorer notre monde. Le monde du public est aussi le mien. Mon rôle est de critiquer, pas de prendre position. Une nuance importante.

Afrik : Et les artistes qui se refusent de jouer un tel rôle ?

Meiway : Chacun fait ce qu’il veut. Chacun fait la politique de son éducation. Si on a été éduqué dans le sens de la réaction par rapport à notre environnement alors on réagira dans ses chansons. Pour moi, c’est aussi une manière de me sentir proche de mes fans. Je parle de leurs problèmes qui sont aussi les miens.

Afrik : Comment définir Eternel, votre dernier album ?

Meiway : C’est l’album de la sagesse et de la maturité. Il marque ma croyance en l’Eternel et ma spiritualité. Avec tout ce qui se passe dans le monde, pas uniquement en Afrique – regardez les attentats du World Trade Center -, je trouve que Dieu est le seul repère fiable que nous ayons pour positiver.

Voir aussi la chronique de l’album.