La Côte d’Ivoire entre conflit armé et pressions financières

Le Nigeria a annoncé lundi avoir demandé, au nom de la Cedeao, au Conseil de sécurité des Nations Unies d’autoriser une intervention armée en Côte d’Ivoire. Un pas de plus vers le recours à la force. Dans le même temps, la guerre financière fait toujours rage. Le gouvernement d’Alassane Ouattara a décidé « de l’arrêt immédiat de toute exportation de café et de cacao » du pays.

Après l’échec de la diplomatie africaine, deux options s’offrent à la résolution de la crise ivoirienne : le conflit armée et les pressions financières. Elles font chacune peu à peu leur chemin.

Dans une lettre ouverte publiée par la presse nigériane ce lundi matin, le ministre des Affaires étrangères, Odein Ajumogobia, a annoncé que le Nigeria a demandé à l’ONU de pouvoir user de la force pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Cette demande est portée au nom de la Cédéao, Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, que préside actuellement le Nigeria et montre une volonté de faire avancer rapidement le dossier ivoirien. « La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) réclame sans équivoque un soutien international via une résolution spécifique du Conseil de sécurité des Nations unies pour valider l’usage de la force », mais « en dernier recours », a indiqué Odein Ajumogobia. Selon lui, « le mandat de l’ONUCI (l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire), cependant, est devenu tout à fait inadapté pour garantir la paix et la sécurité dans le pays ».

L’ONUCI, qui restent la cible préférée du camp Gbagbo. La télévision publique ivoirienne (RTI) a diffusé dimanche les numéros d’immatriculation présumés de 41 véhicules civils de l’ONU en Côte d’Ivoire. Cette diffusion fait suite à la décision, dimanche, du gouvernement de Laurent Gbagbo, le président reconnu par le Conseil constitutionnel, d’autoriser l’armée ivoirienne à contrôler et fouiller les véhicules siglés « UN » de l’ONUCI, accusée d’être « une force d’occupation complice » des ex-rebelles des Forces nouvelles (FN) qui soutiennent Alassane Ouattara. Les Nations Unies ont contesté cette mesure estimant qu’elle constitue une grave violation de l’accord en vertu duquel elles sont présentes dans le pays.

La force en dernier recours?

Favorable depuis longtemps à l’utilisation de la force, Alassane Ouattara n’en néglige pas moins les pressions économiques. Son gouvernement a décidé lundi « de l’arrêt immédiat de toute exportation de café et de cacao » de Côte d’Ivoire, premier producteur et exportateur mondial de cacao, à compter de ce lundi jusqu’au 23 février. « La commercialisation intérieure » est quant à elle autorisée. « Le gouvernement rappelle que les contrevenants à cette mesure seront considérés comme finançant les activités de l’administration illégitime de Monsieur Laurent Gbagbo et s’exposent à des sanctions internationales, sans préjudice des poursuites pénales des juridictions nationales », indique un communiqué signé du Premier ministre d’Alassane Ouattara, Guillaume Soro. Une décision qui a directement entrainé la flambée des prix du cacao. De Londres à New-York, ils étaient en hausse de 6%, se rapprochant de leur plus haut niveau depuis trente ans.

Réagissant à cette mesure, l’Union européenne a déclaré que « la possibilité d’un embargo commercial existe » et constitue « une option ».

Dans sa guerre économique, le camp Ouattara a gagné une nouvelle bataille. Philippe-Henri Dacoury-Tabley, le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), a été contraint à la démission par la conférence des chefs d’Etat de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui s’est tenue ce samedi au Mali. Il est accusé de ne pas avoir appliqué les décisions du conseil des ministres de l’institution qui reconnaît la seule signature d’Alassane Ouattara, le président élu selon la commission électorale ivoirienne.

Face à cette double menace, le camp Gbagbo reste de marbre. « Ceux qui pensent que la Côte d’Ivoire sera isolée sont aussi ceux qui croient que nous n’avons pas d’autre choix que de traiter avec eux », a assuré son porte parole, Ahoua Don Mello. Le chef d’Etat-major des armées ivoiriennes, le général de corps d’armée Philippe Mangou, a quant à lui déclaré « que ceux qui s’apprêtent à nous attaquer sachent que nous les attendons ».