La Côte d’Ivoire en danger

La crise ivoirienne a pris une autre dimension avec les assassinats d’étrangers à Daloa, troisième ville du pays, ainsi qu’avec les attaques contre les forces françaises stationnées à Abidjan. Paris se brouille avec le gouvernement ivoirien. Le risque d’une guerre ethnique n’a jamais été aussi grand.

La crise ivoirienne s’emballe dangereusement. Mardi soir, une manifestation organisée par des  » patriotes  » contre la base française du 43e bataillon d’infanterie de marine a dégénéré en bataille rangée. Les militaires français ont dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes. Les manifestants voulaient que l’ambassadeur de France leur livre le principal opposant ivoirien Alassane Ouattarra. Le Quai d’Orsay, rompant le devoir de réserve, a fait savoir que le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin,  » a appelé le président ivoirien Laurent Gbagbo pour exiger de mettre tout en oeuvre afin d’éviter d’éventuelles attaques d’éléments incontrôlés contre des ressortissants français et étrangers, ainsi que contre les forces françaises présentes en Côte d’Ivoire « . La brouille entre Abidjan et Paris paraît très sérieuse cette fois-ci.

Daloa, ville martyre

La capitale du cacao, Daloa, a été le théâtre d’exactions contre les civils étrangers. Plusieurs ambassades africaines confirment que certains de leurs ressortissants ont été exécutés après la reprise de la ville par les forces loyalistes. Selon des personnes ayant quitté la ville et qui ont contacté leurs représentations diplomatiques, l’armée ivoirienne procède à des ratissages dans les quartiers habités majoritairement par des étrangers pour y débusquer  » les complices des assaillants « . La plupart des étrangers ont quitté la ville, ou se sont réfugiés dans la grande mosquée de la ville.  » Nous avons été alerté dès samedi que des militaires procédaient à des exécutions sommaires. Les Guinéens et les Maliens sont les premières cibles. Mardi dernier, un charnier de 15 cadavres, pour la plupart guinéens, a été découvert par la population « , affirme un diplomate africain sous couvert d’anonymat.

Le gouvernement du Mali a protesté officiellement auprès du président Laurent Gbagbo pour l’assassinat de  » nombreux  » ressortissants maliens à Daloa. Selon l’imam Idrissa Koudouss, président du Conseil national islamique ivoirien (CNI), cité par l’AFP, la mairie de Daloa a procédé dimanche à l’enterrement de 56 fidèles musulmans tués par balles par les forces de l’ordre loyalistes, et 19 autres corps ont été découverts lundi. La présidence ivoirienne a condamné ces assassinats qu’elle a imputés à  » des individus extérieurs aux forces de défense et de maintien de l’ordre, vêtus de treillis militaires « .

Les autorités multiplient les discours d’apaisement et invitent les Ivoiriens à ne pas s’en prendre aux étrangers, surtout aux Français. Mais le gouvernement ivoirien laisse sa presse se déchaîner sur les pays voisins et le parti d’Alassane Ouattarra. Les risques d’une guerre ethnique et d’une partition de fait de la Côte d’Ivoire n’ont jamais été aussi grands.