La Corse anti-maghrébins ?

La Corse connaît une forte recrudescence d’actes racistes et xénophobes visant la minorité maghrébine. Certains estiment que des extrémistes s’appuient sur le discours nationaliste de plus en plus affirmé du pays pour justifier leurs exactions. La préfecture se bat pour mettre fin aux attaques, qu’elle dénonce avec vigueur.

Les arabes doivent rentrer chez eux. C’est en substance le message que veulent faire passer des extrémistes en Corse, où les agressions contre les Maghrébins se sont multipliées depuis le début de l’année. Le procureur général de Bastia, Patrick Lalande, a ainsi expliqué qu’au premier semestre 2004 trente actes racistes visant exclusivement la minorité arabe avaient été commis. La préfecture du département français s’emploie à assurer la sécurité des citoyens menacés.

Le nombre d’attaques racistes ne fait pas consensus

En 2003, selon le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), hors actes antisémites, 229 « faits racistes et xénophobes » ont été recensés en France. « Dans la catégorie des actions les plus graves », 56 actes étaient commis en Corse contre 36 dans l’Hexagone. Des chiffres sur lesquels les autorités ne sont pas toujours d’accord. Selon un proche du dossier, « les statistiques des services de sécurité de la Corse pour l’année 2003 recensent 17 actes racistes, y compris les tags, les revendications et actions qualifiées de racistes. Et pour 2004, 25 actes ont été relevés ». Une différence que cette source se refuse à commenter, en précisant toutefois qu’il y a une recrudescence inquiétante des attaques de ce type.

Toutefois, certains soulignent que toutes ne sont peut-être pas racistes. « Il se peut qu’il y ait effectivement des actes racistes, qu’on ne peut pas nier, mais il peut aussi y avoir des règlements de comptes entre Maghrébins. Or, lors des plaintes on ne prend que le nom de la victime et pas celui des agresseurs, qui peuvent être de n’importe quelle origine », précise, sous couvert d’anonymat, un proche de l’administration corse. Ces statistiques pourraient par ailleurs être plus élevées, compte tenu du fait que les victimes ont peur de porter plainte et que seuls les actes manifestement racistes, « signés » ou « revendiqués », sont comptabilisés, selon le Nouvel Observateur.

« I clandestini Corsi » revendique des attaques racistes

Les trente actes racistes relevés cette années par le procureur général de Bastia « visaient des personnes de la communauté maghrébine. Il y a une très forte majorité d’incendies volontaires de véhicules, ainsi que des plastiquages de voitures, de magasins ou de maisons, mais aussi quelques agressions physiques », rapporte l’Agence France Presse (AFP). Sept d’entre eux ont été revendiqués, début juillet, sur la station de France 3 à Bastia, par le groupe clandestin indépendantiste I clandestini Corsi (les clandestins Corses).

Dans un communiqué datant du 7 juillet, les membres évoquent la lutte contre le « trafic de drogue » et l’arrêt de « l’immigration qui ronge l’île depuis trop d’années déjà » pour justifier leurs actes, rapporte le journal corse L’Instigateur. Ils ajoutent « qu’il est inadmissible que cette racaille s’enrichisse sur notre terre » et menacent d’« éliminations physiques » ceux qui s’élèveront contre l’attaque de « leur domicile privé », précise l’AFP. Un discours qu’ils concluent avec l’expression « la terre aux corses ». Un discours haineux enveloppé d’idées nationalistes, pour mieux faire passer et accepter le message.

« Les Corses veulent rester entre Corses »

Sur certains murs, on peut par ailleurs lire I arabi fora (les arabes dehors). « Mais le sentiment nationaliste, très fort dans le pays, pousse aussi certains à écrire IFF I Franchesi fora (les Français dehors). C’est un slogan habituel, plus ou moins récurrent selon les périodes, car les Français sont considérés comme des envahisseurs ou des représentants de l’Etat colonial », explique un proche de l’administration corse.

D’où l’inscription Terra corsa ai Corsi ! (la terre corse aux Corses !) qui pourrait concerner tous les étrangers. Toujours est-il que, sporadiquement, des attaques violentes sont menées contre la minorité arabe, qui représente un peu plus de 10% des 260 000 habitants de l’île. D’aucuns estiment qu’à la fin des années 1980 et au début des années 1990, des actes racistes avaient déjà été relevés.

Devant l’actuelle recrudescence des actes racistes, les pouvoirs publics ne restent pas inactifs. La préfecture juge la situation « très inquiétante », de même que « les pratiques discriminatoires à caractère raciste », rapporte Le Monde. Elle a d’ailleurs mis en place à cet effet une commission d’accès à la citoyenneté. Dans le cadre de cette initiative, des aides pour l’accès au logement, à l’éducation et au travail sont mises en place. Une ligne téléphonique spéciale permet de dénoncer les discriminations ou les actes racistes. Le préfet Pierre-René Lemas, fervent militant des droits de l’Homme est mobilisé et tient un discours très ferme contre les auteurs d’actes racistes. Certains élus sont aussi de cette bataille.