La contrefaçon en Algérie

La contrefaçon a connu un essor considérable en Algérie, autant sur le marché parallèle que formel. Mais des opérateurs étrangers et nationaux réclament le droit à la propriété intellectuelle et à la préservation de leurs produits, marques et griffes de la contrefaçon. Toutefois, cette situation ne semble pas pour autant émouvoir les pouvoirs publics, pourtant appelés à agir dans le cadre de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC.

Les produits contrefaits et d’imitation de marques connues, qu’on ne retrouvait jusqu’à un certain moment qu’au niveau des marchés informels, ont fait leur entrée dans les magasins ayant pignon sur rue, et ce dans la plupart des grandes villes. Pourtant, la loi interdit formellement ce genre de commerce.

Qu’il s’agisse d’un produit authentique ou contrefait, les clients sont le plus souvent attirés par les prix des produits les plus bas. Et c’est là que ceux qui « ne s’y connaissent pas » se font « arnaquer ». Certains se trompent et achètent des produits contrefaits, imitant les originaux à la perfection, à tel point que le client n’arrive pas à distinguer entre la copie et le vrai, et paie souvent le prix fort pour une imitation. Mais là n’est pas la règle générale.

Ceux qui font dans ce commerce juteux proposent généralement ces produits contrefaits à des prix très bas, ce qui leur permet d’ailleurs d’en écouler une grande quantité. A Alger, et plus précisément à Laâkiba, à la rue de Chartres et El-Hamiz, les produits contrefaits se vendent à la pelle. C’est le cas aussi dans la majorité des grandes villes comme Constantine, dans les ruelles de la vieille Souika, et Oran, à M’dina Jdida. Dans ces marchés, on trouve toutes les marques, les vraies comme celles imitées. Et même pour cette dernière catégorie, la qualité de la copie diffère et donc le prix aussi. Et l’on trouve de tout : Nike, Lacoste, Adidas, Cartier, Puma. Et si des baskets Nike, des vrais, suivant la génération, sont cédées à 12.000 dinars, leur imitation est accessible pour 4.000 à 5.000 dinars.

Les cosmétiques sont les plus touchés

Mais d’où viennent ces produits contrefaits ? Leur acheminement est l’affaire des trabendistes. Des vendeurs de produits contrefaits affirment que la marchandise provient de Libye et de Tunisie. Mais ils précisent qu’il s’agit bien de pays de transit, les imitations étant l’apanage de fabriques installées dans les pays asiatiques. Nos sources indiquent qu’il existe même dans notre pays des ateliers clandestins confectionnent des produits contrefaits.

Les spécialistes de la lutte contre la contrefaçon indiquent, quant à eux, que le secteur le plus touché est celui des produits cosmétiques, allant des déodorants aux crèmes en passant par les lotions, dont les emballages ressemblent à s’y tromper aux produits d’origine. Les détergents et la pièce détachée n’échappent pas au phénomène de la contrefaçon. Une enquête établie par le ministère du Commerce fait état d’un taux d’infraction en matière de contrefaçon de l’ordre de 50% dans les textiles et de 40% dans les cosmétiques et articles chaussants.

Le premier responsable de la direction de la concurrence et des prix, M. Lamari Youcef, atteste, à l’instar des responsables des douanes, que la lutte contre les produits contrefaits est «difficile». Il s’explique. « Il est difficile d’identifier à première vue les produits contrefaits, ça demande une certaine connaissance et des moyens ». Notre interlocuteur affirme toutefois que ses services se forment au fur et à mesure pour lutter contre ce commerce qu’il qualifie de juteux. Pour l’instant, et selon le directeur de la DCP, les agents de la qualité se basent sur le prix des produits. « Nous entamons des actions et des investigations quand un produit de marque coûte moins cher que le prix auquel il est généralement cédé » ( …)

Pièces de rechange contrefaites

Le directeur de la DCP affirme également que ses agents suivent actuellement une formation à l’entreprise BCR pour une enquête sur des robinets d’arrêt contrefaits. Des formations sont prévues également à l’entreprise nationale ENIEM, pour les mêmes raisons. Les responsables de l’ENIEM soupçonnent la commercialisation d’appareils électroménagers contrefaits qui se vendent à El-Hamiz à des prix défiant toute concurrence. M. Lamari a également évoqué la contrefaçon de la pièce de rechange qui se développe de manière vertigineuse, à tel point que la direction de la prévention routière a alerté les pouvoirs publics, ce phénomène pouvant être à l’origine d’accidents.

En dépit de la bonne volonté des services de la DCP, « un vide juridique » en matière de réglementation pose problème aux agents de la qualité chargés de lutter contre la contrefaçon. Le directeur de la DCP indique à ce propos que la loi existe, mais qu’il est nécessaire aujourd’hui de concevoir des textes réglementaires spécifiant les caractéristiques des produits, l’aire géographique concernée et la liste des personnes habilitées à utiliser l’appellation d’origine.

L’OMC demande des comptes

La lutte contre la contrefaçon est un phénomène à prendre en considération également en prévision de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. En date du 2 décembre dernier, la délégation algérienne et le groupe de travail chargé de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC avaient exposé sur la table des discussions « le projet de liste d’engagements concernant la marchandise, notamment les ADPIC (droits et brevets) sur les marchandises commercialisées ». En termes plus simples, les pays membres de l’OMC demanderont la protection de leurs marques (…) Des garanties que l’Algérie devra fournir. Mais d’un autre côté, et du moins jusqu’à maintenant, les services des douanes et ceux de la répression des fraudes attestent qu’il est très difficile de lutter contre la contrefaçon. Des inspecteurs des douanes affirment que leurs services ne s’occupent pas des produits contrefaits, en signalant que les services concernés ne sont pas toujours arrivés, dans de nombreux cas, à distinguer un faux produit d’un vrai. Et d’évoquer le manque de moyens réglementaires pour lutter efficacement contre ce phénomène.

M.Aziza / Abdelkrim C.