La Commission Issad dénonce

La Commission Issad, chargée d’apporter toute la lumière sur les émeutes qui ont secoué la Kabylie en avril et en juin derniers, a rendu son verdict ce samedi. Un verdict qui accable les gendarmes et le corps policier. Une première en Algérie.

 » Le commandement de la gendarmerie a perdu le contrôle de ses troupes et la gendarmerie a été parasitée par des forces externes à son propre corps. Ces forces auraient donné des contre-ordres ». Telles sont les deux réponses concrètes apportées par la Commission Issad commandée par le président Bouteflika.

Mohan Issad, professeur de droit et président de la Commission d’enquête a rendu public, samedi, les résultats du rapport visant à établir les responsabilités de chacun dans les violentes émeutes en Kabylie qui avaient fait une cinquantaine de victimes. Les gendarmes, la police et, surtout, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) sont sur la sellette.

Les gendarmes en cause

Bouclé depuis le 7 juillet dernier, le rapport a été communiqué au public vingt jours plus tard. La Commission souligne que les gendarmes ont agi sans tenir compte de la loi et sont passés outre les ordres de leurs supérieurs qui leur interdisaient l’utilisation d’armes de guerre contre les civils.

La supposition de tout complot perpétré par une quelconque  » main étrangère  » est écartée. Comme pour répondre aux craintes émises par Bouteflika et d’autres personnalités algériennes au moment des événements. SI des responsables existent, ils sont en Algérie, et le responsable de la commission d’enquête se propose de les identifier plus précisément si on le lui demande.

Une Commission internationale requise

Si le rapport accuse explicitement les gendarmes, un goût d’inachevé prévaut dans la communauté kabyle, notamment dans la presse et au sein même des familles des victimes, qui dénoncent les limites certaines de cette enquête nationale. Sous-entendu : que le rapport ne peut aller au-delà de ce que cette enquête a déjà rapporté. Pourtant Mohan Issad a annoncé dans les colonnes du quotidien « le Matin « , son intention de poursuivre ses investigations dès le 25 août prochain.

En attendant de véritables révélations dans la suite de l’enquête de la Commission mise en place par le gouvernement, les Kabyles réclament une autre enquête qui serait, cette fois-ci, internationale. Une enquête qui serait la seule à pouvoir répondre à cette question cruciale : qui a donné l’ordre aux gendarmes de tirer sur la foule ?

Mais les autorités algériennes ne veulent surtout pas d’une ingérence étrangère, qui remettrait en cause l’aptitude de la Commission nationale à faire preuve de professionnalisme et d’indépendance. Au moment même où elle prouve sa clairvoyance et sa capacité à enquêter en toute liberté. Reste que ce thème d’une commission internationale risque d’être un nouveau facteur de division entre l’Etat algérien et les porte-parole de la minorité kabyle.

En tout cas pour une première tentative, l’enquête de la Commission est un réel pas en avant même s’il reste beaucoup de questions à élucider. Ce premier pas assure la crédibilité des enquêteurs choisis dans la société civile. Espérons que la seconde partie de leurs investigations apportera un coup de projecteur sur les zones restés obscures…