La colère monte au Nigeria malgré le retour progressif au calme à Jos

Alors que la situation revient progressivement à la normale dans la ville de Jos, dans le centre du Nigeria, après trois jours de violences qui ont fait plus de 300 morts, la Confédération nationale des travailleurs du Nigeria (NLC) a demandé au gouvernement fédéral de mettre en place une commission judiciaire pour enquêter sur les causes de cette crise.

Les partis d’opposition demandent aussi la démission du gouverneur de l’Etat de Plateau, Jonah Jang, dont Jos est la capitale, ainsi que celle des ministres de la Défense et de la Police mais aussi des responsables militaires pour n’avoir pas pu empêcher la violence qui a fait des centaines de blessés et des milliers de déplacés.

Les troupes de l’armée déployées dans la cité par le gouvernement fédéral patrouillent dans les rues pour maintenir l’ordre.

La violence a éclaté au lendemain des élections municipales organisées jeudi dans cet Etat et a rapidement dégénéré en violence ethnique et religieuse entre les communautés musulmane et chrétienne.

« Cette dernière effusion de sang et ce carnage liés aux dernières élections locales sont un triste aboutissement pour notre processus électoral et une accusation pour nos hommes politiques et notre classe politique qui considèrent encore les élections comme une question de vie ou de mort.

« En dépit de l’indignation généralisée face aux performances du système électoral nigérian, la crise actuelle nous rappèle tristement encore une fois que nos leaders politiques actuels ne sont pas prêts à bâtir un système électoral juste », a déploré la NLC dans un communiqué.

Elle ajoute : « au regard de la situation très explosive à Jos compte tenu des luttes très tendues pour le pouvoir du passé, nous nous demandons pourquoi une sécurité adéquate n’a pas été prévue durant la période précédent et suivant les élections ».

Le ministre de l’Intérieur appelé à démissionner

Le président du Parti de tous les peuples nigérians (ANPP), Edwin Ume-Ezeoke, dont les partisans ont déclenché les violences à Jos suite aux rumeurs de défaite de leur candidat dans l’une des 17 municipalités à cause de la fraude, a demandé la démission de M. Jang et des ministres de la Défense et la Police pour négligence et incapacité à étouffer dans l’oeuf la crise de Jos.

« Nous avons tous entendu que le ministre de l’Intérieur a démissionné, en Inde, après les attaques terroristes contre la ville de Mumbai, pour avoir failli à son devoir. Nous, au sein de l’ANPP, demandons également la démission du gouverneur Jang, avec effet immédiat, pour faute grave ».

« Le gouverneur est le chef de la sécurité dans cet Etat et doit par conséquent assumer totalement ses responsabilités dans le carnage qui a coûté la vie à plus de 300 personnes et entraîné la destruction de biens estimés à plusieurs milliards de nairas par les émeutiers » a déclaré lundi à la presse M. Ume- Ezeoke.

Dans un appel similaire, le président national du Parti populaire des citoyens (CPP), Maxi Okwu, a demandé au gouverneur et aux chefs de l’armée de rendre le tablier pour n’avoir pas empêché la crise à Jos.

Un autre parti d’opposition, Congrès pour l’action (AC), a réclamé l’annulation des résultats des scrutins, qui ont été tous remportés par le Parti démocratique des peuples (PDP) au pouvoir.

Lundi, le président Umaru Yar’aduaz a suspendu l’investiture prévue des officiels nouvellement élus aux différents conseils municipaux par le gouverneur de l’Etat, dénonçant une atcion « insensible ».

L’Etat de Plateau a déjà connu des violences. Entre 2001 et 2004, des centaines de personnes ont été tuées dans des violences ethniques et religieuses qui ont contraint le gouvernement fédéral à déclarer l’état d’urgence dans cet Etat.