La CNUCED demande un New Deal  pour les pays les plus pauvres

Dans son rapport sur les pays les moins avancés rendu public hier soir, l’institution de l’ONU en charge du commerce et du développement affirme que la suppression de la dette ne suffira pas. Elle avance cinq propositions pour une relance volontariste des économies les plus faibles.

La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a publié, jeudi soir, son rapport annuel sur les quarante-huit pays les moins avancés (PMA) – dont trente-deux sont africains. Destiné à servir de document de travail pour la conférence qui se tiendra à Bruxelles en mai 2001, le rapport dresse le bilan de dix années  » d’ajustement et de libéralisation  » dans les PMA. Il en conclut qu’un  » New Deal « * est nécessaire et propose cinq axes de travail pour enfin sortir les plus pauvres du drame du sous-développement.

 » Un allègement de la dette (…) ne suffit pas « , analyse d’emblée la CNUCED. Le cumul des handicaps caractéristique des PMA appelle un engagement plus volontariste. A leur pauvreté s’ajoutent l’insuffisance des ressources humaines et  » une médiocre diversification économique.  »

La libéralisation des échanges internationaux, au cours des années 90, a concerné également les PMA, mais la progression des revenus  » a été excessivement lente dans la plupart des cas (…) bien qu’elle se soit accélérée depuis 1995 « , poursuit la CNUCED. Si l’on exclut le Bangladesh – dont l’économie s’est développée à un rythme élevé -, le produit intérieur brut (PIB) des PMA ne s’est accru que de 2,4 % par an durant la dernière décennie, contre 3,4 % pour les autres pays en développement et 2,5 % pour l’ensemble des pays du monde. Quant au PIB par habitant, sa croissance annuelle n’a pas dépassé 0,4 % dans les PMA, contre 3,6 % ailleurs.

D’autre part, la contribution des pays donateurs au développement des PMA a notablement baissé, en dépit de l’engagement pris par les pays riches à Paris en 1990. L’apport supplémentaire d’investissements privés n’a que très rarement permis de compenser cette perte de soutiens publics. Parmi les PMA africains, ces  » investissements étrangers directs  » ont surtout bénéficié à l’Angola, à la Guinée équatoriale (en raison du pétrole pour ces deux pays), à l’Ouganda et à la Tanzanie.

 » Un régime plus favorable « 

La CNUCED avance cinq propositions pour une relance efficace des PMA. La première consisterait à  » laisser plus libre cours aux forces du marché « , mais dans le cadre d’une  » stratégie régionale ou subrégionale « . Le rapport insiste toutefois sur la nécessité de ne  » pas pour autant libérer ces forces sans se soucier des insuffisances du marché, des institutions et des infrastructures des PMA.  » Dix ans après la foi absolue dans le libéralisme, l’heure semble donc venue du  » pragmatisme « .

 » Assurer des flux d’aides appropriés  » (comprenez  » suffisants « ),  » Lancer des partenariats fondés sur une véritable appropriation des politiques par leurs bénéficiaires « ,  » Opérer un allègement adéquat de la dette  » : telles sont les têtes de chapitre suivantes du rapport. Elles abordent un terrain plus convenu, sur lequel le consensus est aujourd’hui à peu près universel parmi les Etats membres de l’ONU.

La dernière proposition est plus audacieuse. Sous un titre obscur –  » Améliorer la cohérence systémique des politiques  » -, le document garde pour la fin ce qui est au coeur du  » New Deal  » proposé par la CNUCED. L’institution suggère ici  » l’instauration d’un régime commercial international plus favorable  » au développement des PMA. Sans le dire explicitement, le rapport s’inscrit ici dans une perspective inverse de celle tracée en décembre 1999 à la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle.

On saura mieux, après la conférence de Bruxelles, si les pays riches acceptent de  » changer de regard  » sur les PMA, comme la CNUCED les appelle à le faire. Les auteurs du rapport eux-mêmes semblent en douter :  » le résultat le plus probable auquel on aboutira à la fin de la décennie sera un nouvel accès de lassitude des donateurs et un nouveau cycle d’allègement de la dette.  » Heureusement que l’espoir fait vivre : c’est bien tout ce qui reste aux PMA dans le nouvel ordre mondial.

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*  » New Deal  » : nom de la politique de relance de l’économie par des commandes massives de l’Etat et par l’instauration de minimums sociaux adoptée dans les années 30 par le président américain F.D. Roosevelt.