La circoncision comme moyen de lutte contre le sida : la mobilisation est trop faible

Six années, plus de 20 millions de dollars et probablement un million de nouvelles infections au VIH qui auraient pu être évitées : voilà ce qu’il a fallu pour convaincre les chercheurs que la circoncision masculine devrait être considérée comme une stratégie de prévention de l’infection.

Les délégués présents à la quatrième Conférence de l’International AIDS society sur la pathogenèse, le traitement et la prévention du VIH/SIDA cette semaine à Sydney, en Australie, ont été informés le 24 juillet que des études montrant que la circoncision masculine pouvait réduire le risque d’infection au VIH chez l’homme dans le cadre de relations hétérosexuelles étaient disponibles depuis 2001.

Mais ce sont trois larges essais cliniques effectués récemment en Afrique du Sud, au Kenya et en Ouganda, qui ont finalement convaincu la communauté sanitaire internationale que des preuves suffisantes existaient pour agir, a dit le professeur Robert Bailey, principal chercheur chargé de l’étude sur la circoncision masculine au Kenya.

« Je ne sais pas avec certitude ce qui aurait pu être fait différemment, mais il est clair que cela pose la question de savoir si nous n’avons pas placé la barre trop haut en ce qui concerne l’utilisation de preuves pour agir contre cette maladie invalidante. Peut être que pour la prochaine intervention, le seuil à franchir pour établir une preuve sera moins élevé et que nous pourrons commencer à agir plus tôt », a-t-il dit.

Le docteur Thomas Coates, co-directeur de l’Institut d’études sur le sida à l’Université de Californie, à Los Angeles, aux Etats-Unis, est lui aussi resté perplexe face au manque d’enthousiasme pour la circoncision masculine au sein de la communauté scientifique spécialiste du sida.

M. Coates a particulièrement insisté sur les réticences des sociologues, tels que le professeur Peter Aggleton, un chercheur à l’Université de Londres, pour qui la présentation de cette intervention comme un moyen de prévention pourrait créer « de nouvelles différences physiques et sociales, autour desquelles peuvent se matérialiser des divisions ».

M Coates a accusé les sociologues de créer eux-mêmes ces divisions. « Si les sociologues veulent être pris au sérieux, ils doivent arrêter de relever les problèmes et commencer à trouver des solutions », a-t-il commenté.

« Scientifiquement… C’est ce qui se fait de mieux… Ces [preuves] sont le rêve de tout scientifique. La prochaine étape logique est d’aller sur le terrain et d’implanter cette méthode. Il est certain qu’étant donné les preuves, il n’y a aucune raison d’hésiter », a-t-il estimé.

Passer des preuves à l’action

Comment passer des preuves à l’action, et à quelle vitesse, est un autre problème. Les simulations suggèrent que plus vite la circoncision masculine sera répandue, plus le nombre d’infections prévenues sera grand, et les gouvernements feront des économies à chaque infection évitée.

M. Bailey a remarqué que l’efficacité économique de la circoncision masculine, même en se fiant aux estimations les moins prometteuses, était supérieure à celle des autres programmes de prévention tels que les campagnes de prévention dans les écoles et le traitement d’infections sexuellement transmissibles.

Même si la circoncision est encore une méthode de prévention contrôlée par les hommes, les femmes ne peuvent être ignorées dans les plans de mise en œuvre de ce programme, a prévenu M Bailey.

« En tant que partenaires sexuels, soeurs et mères, le rôle des femmes sera essentiel pour garantir que la circoncision soit adoptée largement et rapidement par les communautés », a-t-il dit.

Plusieurs questions nécessitent encore des recherches. M Bailey a dit à IRIN/PlusNews que le niveau de protection des femmes, ainsi que celui des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, n’était pas encore clairement défini, et que les études qui se penchent sur ces problèmes ne faisaient que commencer.

Même s’il est conscient de ces défis, M. Bailey, frustré et impatient, a réclamé que des services de circoncision masculine soient rendus accessibles « aussi rapidement que possible » dans les régions au taux de prévalence élevé.

« On ne peut s’empêcher de remarquer que s’il s’agissait d’un médicament ou d’un mélange ou d’une piqûre avec une étiquette élégante, les agences internationales et les bailleurs de fonds seraient en train de se battre pour être les premiers à le rendre disponible et cela depuis des mois, peut être même des années » a-t-il dit.

« Mais personne ne profitera de la circoncision masculine- personne, mis à part les 4 000 hommes en Afrique qui attraperont l’infection demain, ainsi que leurs partenaires et leurs enfants », a-t-il plaidé. « N’avons-nous pas traîné assez longtemps? »

Source IRIN