La Chine prête à s’engager dans le règlement du conflit au Darfour

Alors que le Darfour s’enlise depuis cinq ans dans une guerre qui l’oppose au gouvernement soudanais, la Chine dépêche son envoyé spécial, Liu Guijin, pour exprimer son souhait d’entrer dans le processus de résolution du conflit. Au même moment, Karthoum ignore les efforts de paix de la communauté internationale et continue de bombarder la province, mettant en péril la vie de milliers de civils.

Mardi marquera l’entrée dans sa sixième année du conflit qui oppose la province du Darfour et le gouvernement soudanais [[Le conflit oppose le pouvoir aux différentes factions rebelles issues de la population civile et ethniquement divisées]]. C’est cette date symbolique, qui met en évidence l’échec de la communauté internationale à établir la paix, que Pékin a choisi pour envoyer son émissaire, déjà en place au Soudan, au Darfour : « La Chine est prête à coopérer avec le gouvernement du Soudan, l’ONU, l’Union africaine, les pays de la région et tous les autres acteurs » pour tenter de mettre fin au conflit, a déclaré Liu Guijin, envoyé spécial de Pékin, chargé de la gestion de la crise.

La Chine soutient militairement et diplomatiquement le gouvernement de Khartoum. Très critiquée par la communauté internationale qui pense que ses attitudes vis-à-vis du pouvoir ralentissent le processus de paix au Darfour, elle cherche manifestement à se positionner dans l’arbitrage du conflit. Liu Guijin a demandé « plus de souplesse » au gouvernement soudanais et le retour des rebelles à la table des négociations. Affirmant une fois encore que « du côté du gouvernement chinois, nous sommes prêts à donner un coup de main pour une issue globale », il demande en contrepartie aux médias d’être plus équitables dans le traitement de l’information concernant le conflit, c’est-à-dire de se montrer plus favorables à la version gouvernementale du conflit.

La Chine : arbitre intéressé ?

Echange de bons procédés, le ministre soudanais des Affaires étrangères et chef de la diplomatie soudanaise, Deng Alor Kuo a déclaré aux journalistes que le gouvernement soudanais ne voulait pas que la Chine pâtisse de ses liens étroits avec le Soudan considérant que : « La Chine n’est pas directement impliquée dans ce qui se passe au Darfour ».

Pas directement impliquée ? Selon les propos tenus par Hani Raslan, chef du programme d’études du Soudan et du Bassin du Nil du Centre d’Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques pour l’agence chinoise Xinhua : « La Chine accorde des aides humanitaires, construit des projets hydrauliques, des hôpitaux et des écoles au Darfour, afin de promouvoir le développement local et améliorer la vie de la population (…) Elle ne s’ingère pas dans les affaires intérieures du Soudan. » Il n’en reste pas moins que la Chine vend des armes au Soudan et lui achète du pétrole.
Elle se place ainsi comme l’un des partenaires économiques majeurs du Soudan. Il lui sera difficile de faire croire à l’opinion internationale qu’elle n’a, au même titre que les pays occidentaux, pas d’intérêt à défendre. Même si Liu Guijin cherche à faire entendre le contraire dans un entretien à Xinhuanet : « la Chine ne fait preuve d’aucun opportunisme et (que ce qu’elle) recherche est de rétablir la paix au Darfour le plus tôt possible et d’aider le Soudan à réaliser la stabilité et le développement au plus vite. »

Karthoum se moque ouvertement des efforts de paix

Mais, tandis que l’ONU et l’Union africaine mobilisent, avec l’assentiment de la Chine, 26 000 hommes, que l’Eufor a prévu de se rendre au Tchad pour protéger les réfugiés, que l’ONU et les ONG prévoient de déployer une aide humanitaire de 570 millions d’euros pour 2008, le gouvernement de Karthoum, lui, fait un véritable pied de nez aux forces d’intervention internationales. De nouveaux bombardements aériens ont eu lieu dimanche près de Jebel Moon, dans l’Ouest du Darfour, contre les rebelles du Mouvement pour la justice et l`égalité (JEM). Le ministre de la Défense, Abdel Rahim Mohammed Hussein, a assuré que ses forces avaient détruit neuf camps rebelles et que les forces soudanaises contrôlaient totalement l`ouest de la province.

Des milliers de civils risquent d’être affectés par ces nouvelles hostilités. Depuis le début du conflit, le Darfour compte près de 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés selon des organisations internationales [[Ces chiffres sont contestés par le gouvernement de Karthoum qui annonce 9 000 victimes]]. « Il est impératif que les civils soient tenus à l’écart des violences et pour cela, tout combat doit cesser immédiatement. Les risques à ce stade pour les civils sont élevés, de manière inacceptable » ont déclarés Rodolphe Adada, le chef de la Minuad, et Ameerah Haq, la coordinatrice humanitaire de l’ONU au Soudan.

Ainsi, tandis que le gouvernement chinois propose de faire avancer le processus politique et la mission de maintien de la paix en affirmant que « seul un retour des groupes rebelles à la table des négociations pourra permettre au Darfour de réaliser une certaine stabilité et la mise en application en douceur de la mission de maintien de la paix », le gouvernement soudanais, qui a « accidentellement » perdu un hélicpotère au Darfour lundi, continue de faire fi des dispositifs internationaux de maintien de la paix.

photo : xinhuanet