La Chine et l’Inde explorent de nouveaux champs économiques en Afrique

La récente et massive intensification des activités commerciales et des investissements des géants économiques asiatiques, la Chine et l’Inde, en Afrique, offrent, en
matière de croissance et de création d’emplois, d’importantes perspectives au continent africain, observe la Banque mondiale dans une nouvelle étude.

« La Route de la Soie en Afrique : Un nouvel Horizon économique pour la Chine et l’Inde », recommande toute une batterie de réformes dans les domaines des échanges commerciaux et de l’investissement, aussi bien au sein des deux régions et qu’entre elles, dans le cadre d’une tentative de raffermissement des relations Sud-Sud.

L’étude suggère également la prise en charge des déséquilibres qui pourraient empêcher l’Afrique de tirer profit de la place de plus en plus importante que la Chine et l’Inde occupent dans l’économie mondiale.

En se fondant sur les nouvelles données disponibles au sujet des interventions de la Chine et de l’Inde dans le domaine commercial en Afrique, l’étude constate que l’Asie est aujourd’hui la destination de 27% des exportations de l’Afrique, soit trois fois les quantités qui avaient été enregistrées en 1990.

Le niveau atteint présentement est presque équivalent à celui des exportations de l’Afrique aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, qui sont les partenaires économiques traditionnels de l’Afrique, remarque le document. Cependant, les exportations de l’Asie en Afrique progressent de 18% par année, soit plus vite que celles vers n’importe quelle autre région du monde.

Les investissements étrangers directs de la Chine et de l’Inde en Afrique sont plus modestes que les flux commerciaux, mais ils connaissent aussi une rapide croissance, fait encore observer l’étude de la Banque mondiale.

Nouvelle Route de la Soie

Cette « Nouvelle Route de la Soie » pourrait offrir à l’Afrique subsaharienne, qui abrite 300 millions de personnes parmi les plus démunies du monde et représente un formidable défi pour le développement, une importante, et jusqu’ici rare, opportunité pour accélérer son intégration internationale et la croissance », affirme Harry G. Broadman, Conseiller économique de la Banque mondiale pour
la région Afrique et auteur de l’étude.

Cette nouvelle frontière économique va au-delà du commerce et des investissements dans les ressources naturelles, constatent les nouvelles conclusions tirées par l’étude.

Les échanges commerciaux de la Chine et de l’Inde avec l’Afrique pourraient permettre à l’Afrique subsaharienne de devenir un transformateur de matières premières et un fournisseur compétitif de biens et services à forte intensité de main d’œuvre aux entreprises et consommateurs chinois et indiens.

Des relations déséquilibrées

Cette démarche représente une importante démarcation qui tranche avec la tradition, celle d’une vieille relation économique de l’Afrique avec le Nord.

Par ailleurs, un nombre de plus en plus important d’entreprises chinoises et indiennes présentes en Afrique interviennent au niveau du monde entier, utilisant des technologies de qualité supérieure, produisant des produits et services répondant aux normes les plus strictes et oeuvrant à la promotion de l’intégration des entreprises
africaines sur les marchés avancés.

Néanmoins, les relations commerciales naissantes entre ces deux blocs sont fortement déséquilibrées.

Les exportations africaines vers l’Asie ne représentent que 1,6% des importations de l’Asie et les achats de la Chine et de l’Inde en Afrique ne représentent, au total, que 13% des exportations du continent.

L’Afrique est la destination de 1,8% seulement du flux des
investissements étrangers directs du monde, tandis que 20% de ces derniers prennent la direction de l’Asie de l’Est.

« Il est impératif que les deux parties de cette prometteuse relation économique Sud-Sud s’attaquent aux déséquilibres et aux obstacles qui entravent la poursuite de son expansion par le biais de réformes », a noté M. Broadman.

« C’est non seulement dans l’intérêt bien compris du développement économique de l’Afrique, mais également dans le propre intérêt économique de la Chine et de l’Inde.

L’étude fait le détail de toute une série de réformes qui pourraient être mises en oeuvre dans chaque pays :

 Les réformes « au niveau des frontières », telles que l’élimination de la hausse constante des taxes prélevées par la Chine et l’Inde sur les principales exportations africaines et l’élimination des taxes prélevées par l’Afrique sur certains intrants, ce qui rend ses propres exportations non compétitives.

 Les réformes « au-delà des frontières » qui pourraient être mises en oeuvre en Afrique dans le but de libérer les forces compétitives du marché, renforcer ses institutions commerciales de base et améliorer la gouvernance.

 Les améliorations « entre les frontières » concernant les
infrastructures et institutions de facilitation du commerce et visant la réduction des coûts de transaction, tels que ceux relatifs à l’administration douanière, au transport et aux communications.

 Les réformes touchant les relations entre l’investissement et le commerce et susceptibles de permettre aux entreprises africaines de participer aux réseaux de partage de production créés par les investissements chinois et indiens en Afrique.