La chasse gardée des noms de domaines

L’Afrique du Sud vient de gagner le premier round dans son combat pour récupérer le nom de domaine Southafrica.com. La cour suprême américaine a refusé de statuer, contre un Etat souverain, sur la propriété d’une adresse détenue pour l’instant par une entreprise privée.

L’Afrique du Sud vient de gagner le premier round dans son combat pour récupérer le nom de domaine Southafrica.com. La Cour Suprême des Etats Unis a jugé qu’il était hors de sa juridiction de statuer contre un Etat souverain. L’entreprise privée, actuellement détentrice de la précieuse adresse, s’est vue déboutée par le tribunal américain dans l’exploitation exclusive d’un nom de pays qu’elle avait déposé, tout comme trente-trois autres, il y cinq ans de cela.

Une victoire pour la nation arc-en-ciel qui va pouvoir maintenant porter l’affaire devant l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).

 » C’est le nom de notre pays, c’est notre gouvernement qui devrait pouvoir en disposer « , affirme le conseiller juridique du ministère de la Communication sud-africain.  » Ils (la société américaine Virtual Countries, ndlr) voulaient nous vendre notre propre nom, dix millions de dollars ! « , fulmine-t-il.  » Ils sont allés devant les tribunaux américains pour court-circuiter notre action auprès de l’OMPI « .

Néocolonialisme numérique

La question est avant tout idéologique et l’Afrique du Sud s’érige en porte-drapeau de tous les pays du Sud. Elle s’inscrit dans le cadre de l’affirmation de la dignité et de l’identité des pays du Sud.  » Beaucoup de pays du Sud réalisent tout juste l’importance et le pouvoir de la technologie. Ils ne maîtrisent pas tout ce qui est enregistrement de nom de domaine et ils se retrouvent dépossédés de leur propre nom sur la Toile. Ils se retrouvent une fois de plus exploités. C’est du colonialisme « .

De nombreux pays ont salué la victoire de l’Afrique du Sud. Un combat solidaire. La décision de la justice américaine donne de nouveaux espoirs aux pays du Sud. Déjà, le Chili monte au créneau pour récupérer, lui aussi, son nom sur la toile. Pour l’Afrique du Sud, les jeux ne sont pas faits pour autant. C’est désormais à l’OMPI de se prononcer sur l’issue finale de l’affaire. La requête a été déposée le 8 juin dernier, avant même le verdict de la Cour Suprême. Les délibérations prennent quarante jours. De part et d’autre, on croise les doigts. Une victoire de l’Afrique du Sud serait une première qui ne manquerait pas d’être suivie.