La Centrafrique intègre ses handicapés

La Centrafrique est épargnée par les mines antipersonnel mais la poliomyélite et les accidents de toutes natures continuent de fabriquer des handicapés moteurs.

Le recensement des handicapés centrafricains est aléatoire. Les chiffres diffèrent d’un organisme à un autre, il n’y a pas de données officielles. La République centrafricaine est épargnée par les mines antipersonnel mais la poliomyélite, maladie jugulée en occident, continue de faire des ravages, et les accidents de toutes natures continuent de fabriquer des handicapés moteurs. Les associations de soutien aux personnes handicapées ont décidé de traiter ce phénomène en formant un personnel médical et paramédical qualifié et en sensibilisant la population.  » Handicap International, en collaboration avec la Faculté des sciences de la santé de Bangui (FACSS), a ouvert deux filières de formation en appareillage orthopédique et en rééducation. Nous assurons actuellement le soutien technique de la formation de seize étudiants en rééducation et dix en appareillage « , signale Antoine Neyret, kinésithérapeute, directeur du programme d’Handicap international à Bangui.

Grèves et conséquences

Pourtant la Centrafrique traverse une crise sociale grave, qui entrave le bon déroulement des programmes des Organisations non gouvernementales (ONG). Les fonctionnaires, en grève depuis plusieurs mois, réclament au gouvernement leurs arriérés de salaires. L’activité économique est fortement ralentie. Pourtant, ce pays s’est doté, en décembre 2000, d’une législation très favorable aux personnes handicapées.  » Nous avons participé à l’élaboration de cette loi avec le ministère des Affaires Sociales « , remarque Antoine Neyret.

L’intégration sociale des handicapés demeure très timide.  » Ce pays n’a pas besoin de lois mais d’argent. Je suis très découragé. L’Etat ignore le peuple. Les travailleurs sociaux, comme moi, sont presque obligés de faire l’aumône auprès des ONG « , s’insurge un fonctionnaire du ministère des Affaires Sociales. Les postes dévolus aux handicapés sont, comme dans de nombreux pays, des métiers de service.

Le choix entre standardiste et hôtesse d’accueil

 » Je n’ai pas fait des années d’études pour finir standardiste ! Je suis écoeurée de voir des gens moins diplômés que moi rafler des postes qui me reviennent, normalement, de droit « , s’offusque Antoinette Fatouta, handicapée motrice. Les handicapés tentent de créer leurs propres entreprises pour se libérer des préjugés sociaux.  » Nous avons un projet pour aider les personnes handicapées à créer leur activité économique à partir de cette année. Nous espérons ainsi pouvoir aider trois cents personnes à accéder à une activité génératrice de revenus « , affirme Antoine Neyret, directeur de programme.

Par ailleurs, les ONG mènent des campagnes de chirurgie infantile. Les parents, souvent dans le besoin, n’ont pas les moyens de payer les frais médicaux que nécessitent les opérations chirurgicales. Pourtant, une petite opération peut sauver l’enfant d’un handicap qui, pris plus tard, peut devenir irréversible.