La censure sur le Net, une réalité en Egypte et en Tunisie

L’ONG américaine Human Rights Watch sort un rapport sur la censure sur le Net et la répression envers les internautes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Pays visés : la Tunisie, l’Egypte, la Syrie et l’Iran.

De notre partenaire El Watan

Alors que le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) s’est ouvert mercredi à Tunis, « la Tunisie continue d’emprisonner des personnes qui expriment leurs opinions sur le Net et supprime les sites Internet qui critiquent le gouvernement », a déclaré, hier, l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) dans un rapport intitulé « Fausse liberté : la censure sur le Net au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ». Le rapport analyse la répression envers les utilisateurs d’Internet dans ces régions, particulièrement en Tunisie, en Iran, en Syrie et en Egypte.

Pour Sarah Leah Whitson, directrice de la division du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à HRW, « les gouvernements du Moyen-Orient devraient prouver leurs engagements pour la construction d’une société de l’information en mettant fin à la censure politique des sites Internet et en libérant les écrivains emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinons politiques en ligne ». L’organisation considère qu’Internet reste un moyen de contourner la censure de la presse. « Les sites en langue arabe ou en farsi peuvent atteindre une audience de millions de visiteurs, gratuitement et très rapidement », a affirmé Whitson.

Le SMSI à Tunis, « une humiliation »

HRW s’est aperçu que ces gouvernements appliquaient des politiques contradictoires à l’égard d’Internet. « Avec plus ou moins d’enthousiasme, ils cherchent à faciliter la diffusion des technologies de l’information et de la communication en gardant à l’esprit leurs intérêts économiques. Mais ils cherchent, en même temps, à avoir la mainmise sur la circulation de l’information », note l’ONG. En Tunisie, selon HRW, le gouvernement emprisonne des internautes qui publient des critiques sur le Net et ferme des sites publiant des rapports sur les abus des droits de l’Homme. « Quand j’ai appris, la première fois, que le sommet aurait lieu ici, que la dictature aurait la chance de se montrer sous son meilleur visage, celui de la modernité, et qu’elle pourrait cacher tout le reste, j’ai vu cela comme une humiliation », a confié, à l’ONG, Mokhtar Yahyaoui, du Centre tunisien pour l’indépendance de la justice.

La police en civil a arrêté le journaliste en ligne tunisien Mohamed Abou, le 1er mars 2005. La veille, il avait publié un article sur un site prohibé, qui comparait le président Zine El Abidine Ben Ali au Premier ministre israélien Ariel Sharon. Abou purge maintenant une peine de trois ans de prison à Le Kef (environ 200 km au sud-ouest de Tunis). En Iran, suite à la fermeture par le gouvernement des journaux réformistes, Internet est devenu le principal moyen de communication pour échanger informations politiques et idées. Le pays compte sept millions d’internautes, ce qui alimente le développement de la société civile, estime HRW. Le gouvernement réagit en emprisonnant des internautes, bloggers et administrateurs de sites.

Répression en Egypte

En Egypte, des activistes et bloggers utilisent désormais Internet, les messages électroniques et les SMS pour attirer l’attention sur les violations des droits de l’Homme, pour organiser des manifestations et même pour harmoniser les slogans chantés lors des protestations. Le premier site Internet des Frères musulmans est fermé. Le 26 octobre 2005, des agents de sécurité en civil ont emprisonné le blogger égyptien Abd Al Karim Nabil Souleiman à Alexandrie et ont confisqué les tirages de ses écrits en ligne. Souleiman étudiait la jurisprudence islamique à l’université Al Azhar à Mouharram Bek, un district d’Alexandrie qui fut, quelques jours avant son arrestation, le décor funeste d’émeutes sectaires. Le 22 octobre, il avait posté des commentaires sur Internet critiquant les émeutiers musulmans et l’Islam.

En Syrie, les autorités censurent avec facilité les informations et les correspondances grâce à l’état d’urgence promulgué il y a plus de 40 ans. Le gouvernement manipule la structure même d’Internet, limitant l’usage des règles de base qui permettent aux gens d’envoyer des messages électroniques et de construire des sites. Les forces de sécurité détiennent des internautes isolés du monde extérieur et qui subissent des tortures, selon HRW. Mais les Syriens, relève l’ONG, trouvent de nouveaux moyens pour contourner la censure. « Internet est aujourd’hui en Syrie le seul moyen pour les intellectuels de se rencontrer et de partager des idées », indique ainsi un activiste syrien des droits de l’Homme à HRW.

Adlène Meddi