La Cedeao malade de la Côte d’Ivoire

Les médiateurs ouest-africains n’ont pas à rougir de leur action. Du sommet d’Accra, qui s’est tenu à peine plus d’un mois après le début de la guerre civile en Côte d’Ivoire, chacun est sorti la tête haute. Et de se féliciter de l’ouverture des négociations entre le gouvernement ivoirien et les rebelles, ce mercredi, dans la capitale togolaise. Pourtant… Pourtant, derrière l’apparente harmonie de la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest et au-delà des sourires crispés qui auréolent les récentes  » victoires diplomatiques « , la Côte d’Ivoire ne serait-elle pas en train de devenir l’homme malade de la Cedeao ?

Le choix de Lomé, et non de Dakar ou de Bamako, pour mener à bien les tractations ivoiriennes a déjà fait grincer Abidjan. Et la délégation des insurgés n’a pas caché sa joie de voir Gnassingbé Eyadéma arbitrer le conflit. Les accointances du général togolais avec le chef de l’Etat burkinabé expliquent sans doute sa patience avec les rebelles. Le désarmement de ces derniers, posé comme préalable aux négociations au Sommet d’Accra, paraît déjà hors de propos. Et c’est bien plutôt à un déchaînement de violence et à une course à l’armement auxquels nous assistons en Côte d’Ivoire ces derniers jours. D’un côté, les forces loyalistes font appel à des mercenaires angolais ou sud-africains, de l’autre, les insurgés gagnent la bataille du terrain, prenant une à une les villes du Nord qui leur résistaient jusqu’alors.

Drôles de négociations de paix. Les déclarations véhémentes du président Gbagbo et l’ethnicisation du conflit amènent chacun à placer ses pions. L’accrochage récent entre Amadou Amani Touré, le chef de l’Etat malien, et Abidjan, est à cet égard significatif. Peu à peu, certains chefs d’Etat prennent – sans le dire – leurs distances avec un régime qu’ils sentent en danger. Le grand clivage Côte d’Ivoire/Burkina Faso est coeur du débat, et au coeur de la Cedeao. Les plus sages – la médiation sénégalaise notamment – ayant été écartés, qui aidera la Côte d’Ivoire à éteindre le feu de la guerre civile ? Entre ceux qui attendent patiemment la résolution du conflit sur le terrain, et ceux qui espèrent profiter d’un changement de régime, l’espoir de Laurent Gbagbo de voir ses voisins lui venir en aide paraît bien incertain. Mais le grand perdant pourrait bien être l’alliance régionale qui, faute d’une attitude claire, sortira déchirée de ce coup d’Etat.