La Caraïbe culturelle a son guide

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Une somme considérable. Le Guide de la Caraïbe culturelle livre plus d’un millier de contacts de professionnels de la culture de Haïti, de la Guadeloupe et de la Martinique, compilés par Karole Gizolme et Anne Lescot. Créateurs, compagnies, financeurs, partenaires publics et privés, médias… Pour l’essentiel, ceux qui font vivre la culture de la Caraïbe francophone, sur place et en Europe, sont référencés dans cet ouvrage salué par la profession lors de sa parution l’année dernière, aux éditions Vents d’ailleurs. Ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin, ses auteurs travaillent à son actualisation. Elles présentent leur guide ce samedi après-midi, à Paris, dans le cadre du festival Influences Caraïbes.

La richesse de la culture caribéenne n’est plus à démontrer. Nous lui devons des écrivains aussi prestigieux qu’Aimé Césaire, Maryse Condé, Frankétienne ; des groupes de musique célébrés aux quatre coins du monde tels que Tabou Combo et Kassav’ ; des cinéastes internationalement reconnus comme Euzhan Palcy et Raoul Peck ; des plasticiens de la dimension d’un Hervé Télémaque ou d’un Michel Rovelas… Pourtant, derrière ces grands arbres, se cache une forêt encore trop peu connue. Une multitude de créateurs qui chaque année renouvellent leur art, enrichissent un terreau on ne peut plus vivace, répertoriés dans le Le Guide de la Caraïbe culturelle.

Arts visuels, audiovisuel, conte, danse, littérature, musique, théâtre… Les auteures du livre n’ont négligé aucune discipline, présentant tant les biographies et contacts des artistes que les organismes et structures voués au financement, à la promotion et à la diffusion de leurs créations. Un travail de fourmi engagé depuis une dizaine d’années par Karole Gizolme, journaliste et créatrice du site Gens de la Caraïbe, et Anne Lescot, réalisatrice et fondatrice du Collectif 2004 Images.

Leur guide n’est pas qu’un répertoire. Il est enrichi de cartes, de chronologies présentant les territoires sélectionnés, d’interviews et d’analyses de professionnels de la culture – citons parmi eux Arnold Antonin, Léna Blou et Ina Césaire –, d’états des lieux du secteur, permettant de mieux cerner les réalités et problématiques auxquels sont confrontés les artistes.
Dommage que parmi les financeurs de cette ambitieuse entreprise ne figurent pas les collectivités guadeloupéennes et martiniquaises. Gageons qu’elles prendront le train en route. Karole Gizolme et Anne Lescot travaillent à la prochaine édition du Guide de la Caraïbe culturelle, actualisée et augmentée. Devraient y figurer – en plus de Haïti, la Guadeloupe et la Martinique – la Guyane et, espérons-le, les autres pays de la zone dont les représentants tiennent sur une petite dizaine de pages seulement dans la première édition. Mais le guide est d’ors et déjà un outil indispensable pour les professionnels du secteur, un ouvrage incontournable pour tous les amoureux des arts caribéens.

Gizolme-Karole.jpgTrois questions à Karole Gizolme, co-auteure du Guide de la Caraïbe
Culturelle

Afrik.com : Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Karole Gizolme :
Avec ses 10 années d’existence sur la toile, il a semblé important à Gens de la Caraïbe de passer par un document imprimé qui rassemblait les acteurs culturels des îles de la Caraïbe et de leurs familles. Pourquoi imprimer ? Cela permettait d’arrêter à un moment donné des informations. Nous avons ainsi une photo de qui fait quoi dans les années 2010, dans le secteur culturel et dans quel contexte. Finalement, nous constatons qu’Internet est très pratique pour la gestion de l’actualité, mais les gens ne gardent pas ou peu d’archives. L’essentiel doit être imprimé, cela a un impact indéniable surtout lorsqu’un éditeur professionnel s’engage à en faire un bel ouvrage.

Afrik.com : A qui est-il destiné ?

Karole Gizolme :
Il s’adresse d’abord à des professionnels de la culture, de l’information et à des chefs de projets. C’est pourquoi nous avons tenu compte de l’aspect pratique (de nombreux contacts précis), de l’aspect analytique (cartes et chronologies et entretiens d’experts,) et avons tenu à être le plus précis possible sur les données récoltées que nous avons vérifié à plusieurs reprises. Le temps que nous y avons passé équivaut au temps que gagnerons les utilisateurs qui n’auront plus besoin d’aller recouper des informations difficilement vérifiables sur Internet. Ensuite, nous avons été surprise de l’engouement qu’il a remporté auprès des personnes qui ne sont pas impliquées dans le milieu culturel ni de près ni de loin. Il est vrai que l’éditeur en a fait un livre agréable à lire et que les informations permettent de comprendre le contexte dans lequel nous vivons.

Afrik.com : A quelles difficultés avez-vous été confrontée dans le recueil et la mise en forme de toutes ces information ? C’est le résultat d’un travail long et difficile, je suppose…

Karole Gizolme :
De nombreuses nuits blanches, des journées chargées et des notes de téléphones pharamineuses ! Pour vous livrer quelques anecdotes, nous avons eu des surprises, notamment des artistes qui n’avaient aucun texte cohérent de présentation ou même de CV ! Pour certains il a fallu leur rédiger un texte à partir des infos qu’ils donnaient et ensuite aller vérifier leur propos. Pour d’autres, il a fallu enlever bon nombre de superlatifs ou d’adjectifs élogieux mais peu informatifs. Ou encore, nous avons eu des artistes avec des parcours complètement « bricolés » avec des informations fausses ou invérifiables. Nous avons dû aussi enlever des fiches sur lesquelles nous avions déjà travaillé (collecte, rédaction, correction, vérification, 2° correction, mise en page) car les contacts (mail, téléphone, site Internet) n’étaient plus actifs. Enfin, pour le théâtre ou le cinéma, nous avons eu aussi des artistes, ou des agents qui nous donnaient des informations très imprécises ou erronées. Pour une même pièce de théâtre, le metteur en scène avait trop d’orthographes différentes ou des années de représentations dans les mêmes lieux toujours différentes. Le travail de correction a donc été épique ! Obtenir des chiffres aussi n’a pas été aisé. Il a fallu insister à de nombreuses reprises pour obtenir les budgets des collectivités locales consacrés à la culture. Maintenant, nous savons que ces chiffres ne se trouvent nulle part ailleurs aussi aisément.

 Commander Le Guide de la Caraïbe culturelle, Vents d’ailleurs, 527p, 2010.

 Une présentation de l’ouvrage aura lieu, dans le cadre du festival Influences Caraïbes, à l’issue du débat « Numérique et Arts: quels enjeux pour la création caribéenne ? », le samedi 26 novembre, 15h30, au Centre musical Fleury Goutte d’Or, à Paris.