La Camair en zone de turbulences

La Cameroon Airlines est dans le rouge. Tous ses vols sont annulés depuis samedi. L’administrateur directeur général, Yves-Michel Fotso, et le président du conseil d’administration, Etienne Ntsama, ont été débarqués lundi. En toile de fond : le « scandale APM », du nom de la société d’audit qui aurait précipité la chute de la compagnie.

Les avions de la Cameroon Airlines (Camair) sont cloués au sol depuis le 1er novembre. Tous ses vols ont été annulés sans raison officielle et sans explications de la part de la direction de la compagnie ou des autorités camerounaises. Les difficultés de fonctionnement de la Camair, largement commentées dans la presse nationale depuis le début de l’année, se trouvent aujourd’hui exposées au grand jour. Même si la compagnie et le ministre des Transports ne souhaitent pas pour le moment faire de commentaires, les problèmes émergent. La suspension des vols serait notamment due à des tensions de trésorerie, des contrats d’assurance non renouvelés, des problèmes de maintenance de certains appareils et des revendications salariales d’une partie du personnel expatrié.

Face à cette situation de crise, le conseil d’administration a tenu, lundi, une session extraordinaire à Yaoundé. L’administrateur directeur général, Yves-Michel Fotso, et le président du conseil d’administration, Etienne Ntsama, ont été limogés, remplacés respectivement par Thomas Dakayi Kamga (ancien ministre de l’Equipement et ancien secrétaire-général de l’Union douanière des Etats d’Afrique centrale) et Edouard Akame Mfoumou (ancien secrétaire-général de la Présidence, ancien ministre de la Défense et ancien ministre des Finances). Malgré ces nominations, la reprise n’était pas, mardi, à l’ordre du jour. « Il faudra attendre absolument que les nouveaux responsables aient pris officiellement leurs fonctions mardi en fin d’après midi pour savoir quelles décisions d’urgence ils prendront », déclare-t-on au centre de gestion des vols de Douala.

Le « scandale APM »

Les passagers de Libreville, Brazzaville ou Kinshasa (où il n’y a eu aucun vol la semaine dernière au lieu des quatre habituels) devront donc prendre leur mal en patience, tandis que les deux villes pour lesquelles la Camair détient le monopole régional, Bangui et N’Djaména, sont quasiment coupées du monde. Cette compagnie, très présente en Afrique centrale, et dont le capital est détenu à 96,4% par l’Etat camerounais et à 3,6% par la compagnie française Air France, afficherait selon la presse camerounaise une dette de 50 milliards de F CFA.Yves-Michel Fotso avait été nommé à sa tête en juin 2000 pour procéder à son redressement, en vue d’une privatisation initialement envisagée pour 2001 mais sans cesse repoussée. Sous sa direction, 600 des 1 800 employés ont été licenciés, les dessertes en Afrique centrale ont été multipliées et la flotte renforcée.

Pour autant, le redressement tant attendu n’a pas eu lieu. Fin juin, la flotte avait déjà été immobiliséé pendant un week-end, en raison d’arriérés de paiement à la société australienne Ansett à laquelle la Camair louait ses appareils. La semaine dernière, plusieurs journaux privés du pays ont mis à jour un conflit entre la direction de la Camair et Aircraft Portfolio Management (APM), la société chargée depuis le début de l’année d’un audit externe de la compagnie et qui aurait précipité sa chute. Selon le quotidien Mutations, Yves-Michel Fotso a adressé, le 21 octobre dernier, « une correspondance pleine de ressentiment au ministre des Transports sur ‘les conséquences négatives sur l’avenir de la Camair suite à la désignation du cabinet APM’. Il accuse sans dissimulation ‘des hauts responsables de l’Etat d’avoir organisé la déstabilisation programmée de la direction générale, voire de la compagnie toute entière ». Toujours selon le journal, APM serait une société écran dirigée par des proches collaborateurs du chef de l’Etat camerounais. Elle aurait rendu en juin dernier un rapport recommandant de mettre la Camair en faillite, proposant la création d’une nouvelle compagnie et suggérant la mise en place d’une nouvelle équipe dirigeante.