La banane, reine des prix à Oran

La banane est le produit le plus prisé sur les marchés oranais. Son prix accuse depuis quelques semaines des baisses très significatives, ce qui le met à la portée d’une plus grande frange de consommateurs.

Partout où l’on se promène à Oran, les bananes sont omniprésentes. On les trouve dans presque tous les magasins d’alimentation, dans tous les quartiers de la ville. Les « beznassa » ont perdu l’exclusivité du produit, car même les vendeurs à la sauvette se sont mis de la partie. Cela va du petit carton aux étals surchargés, à même les trottoirs. Du coup, les consommateurs se sont réconciliés avec le goût de ce fruit « exotique » qui depuis longtemps était considéré comme un produit de luxe.

Les marchands de fruits et légumes n’osaient pas crier son prix, ni son nom d’ailleurs, à l’adresse des ménagères, comme ils le font d’habitude pour les autres produits. Ils se contentaient d’afficher son prix sur une ardoise ou un bout de carton, sinon ils chuchotaient son prix aux acheteurs potentiels qui le demandaient, particulièrement les jours de paie, pour améliorer l’ordinaire et faire plaisir aux enfants.

Produit prohibé

L’on se souvient du temps où la banane était un produit presque prohibé, car les principaux « importateurs » étaient les trabendistes de la « petite Zouia », à la cité Yaghmoracen. Les bananes, ainsi que d’autres fruits ramenés de la frontière de l’Ouest, étaient cédés à des prix qui donnaient le vertige. Selon la qualité et le calibre, elles étaient vendues entre 280 et 320 DA le kilo, au prix de gros. Les détaillants de certains magasins et dans la rue de la Bastille prenaient des marges bénéficiaires, qui variaient entre 30 et 40 DA au kilo.

Puis, petit à petit, sur la durée d’un peu plus d’une année, le prix des bananes a commencé à accuser des baisses progressives, jusqu’à se stabiliser autour des 200 DA le kilo, car les quantités ramenées se faisaient de plus en plus importantes. Ce prix s’est maintenu pendant une période assez longue, puis a commencé à chuter périodiquement, jusqu’à attirer l’attention des consommateurs et des revendeurs.

Vrai filon

La banane enfin légalement importée et en grandes quantités, a fait jouer les règles du marché. L’offre devenant conséquente, les prix en ont subi les effets. Ces derniers jours, les marchands, comme libérés de l’angoisse des prix, crient à tue-tête ceux des bananes. Et pour cause, la banane a atteint des prix que personne n’osait imaginer il y a de cela quelques semaines seulement. Une certaine qualité de ce fruit a été proposée à 100 dinars le kilo dans les ruelles de M’dina Jdida, voire à 90 dinars pour les plus mûres. Conséquence, les consommateurs profitent de l’aubaine et goûtent au fruit longtemps interdit.

Mais comment un tel phénomène a-t-il pu se produire ? La réponse est à rechercher du côté de la loi de finances 2001, qui a prévu la suppression de la valeur administrée. Du coup, les importateurs qui dédaignaient la banane, y ont trouvé un vrai filon. Et c’est ainsi que les importateurs des régions du centre du pays et quelques-uns de l’Ouest, ont commencé il y a quelques semaines à ramener le précieux fruit.

A Yaghmoracen, là où trônaient les produits de l’importation frauduleuse, les vendeurs font grise mine. D’ailleurs, ils ont été chassés depuis quelques semaines du grand boulevard qu’ils squattaient. Mais ils n’ont pas quitté les lieux pour autant. Ils occupent à présent les ruelles des alentours. Leur marchandise, plus chère, n’arrive plus à trouver preneur. Alors les « beznassas » s’alignent sur les prix de la banane de l’importation, vendant parfois à perte.

Par ailleurs, les importations de fruits ne concernent pas uniquement les bananes. Les pommes et les kiwis sont aussi de la partie. En prévision du mois de Ramadan, les opérateurs du marché des fruits et légumes sont optimistes, car si les importations persistent à ce rythme, les prix connaîtront d’autre baisses.

M. Mazari